Pour sa 30èmecérémonie, on aurait pu croire que l’académie des Molière, présidée par le producteur-star Jean-Marc Dumontet, mettrait les petits plats dans les grands. On s’attendait à en prendre plein les yeux, à célébrer la variété de ce qui fait la scène théâtrale dans de grands éclats de rires et des rivières d’émotions. 30, c’est tout de même un chiffre important. Pour notre part, cela fait 20 ans que nous sommes assis devant notre poste.

Force est de constater que rarement la cérémonie avait atteint des abysses d’ennui comme celle que nous a proposé Zabou Breitman. Alors que Nicolas Bedos et Alex Lutz étaient parvenus à en faire une remise de prix légère et fine, une belle lettre d’amour à ce noble art, Zabou a fait régresser l’ensemble. Si elle est une bonne remettante, elle ne semble pas avoir les épaules pour être l’auteur et le chef d’orchestre d’une telle soirée : aucune tenue, aucun rythme et des blagues qui tombent à plat le plus souvent. Disparus les instants de poésies pure où Poiret pouvait côtoyer Jules Verne. L’hommage de Chantal Ladesou à Paul Claudel était une bonne idée qui est retombée comme un soufflé. Seuls quelques artistes sont parvenus à sortir le public de leur torpeur telle la divine (et toujours distinguée) Blanche Gardin.

Pour ce qui sont des lauréats, aucune surprise en vue si ce n’est notre capacité à nous planter totalement dans nos pronostics. Nous pensions que les votants feraient des choix moins attendus et ce ne fut pas le cas. Ainsi, Adieu Monsieur Haffmann, Ariane Mnouchkine et Joël Pommerat ont dominés la soirée. Nous ne remettons pas en cause la légitimité de ces récompenses. Si nous n’avons pas vu le premier, Ariane Mnouchkine mérite amplement son prix qui sonne comme une revanche pour son absence de nomination l’année dernière ; et nous avons pu être émerveillé devant le Cendrillonde Joël Pommerat à sa création… en 2011 ! En revanche, nous sommes en droit de nous poser la question de la représentation de la diversité artistique du paysage théâtral. Le subventionné semble être posé là comme un moyen de se dédouaner, pour éviter qu’on reproche son absence.

Gageons que L’Académie des Molière aura appris de ses erreurs de cette année et nous offrira, l’année prochaine, une cérémonie à la hauteur de cet art vivant qui nous fait vibrer de concert à chaque représentation.

Molière du Théâtre privé :

– Adieu Monsieur Haffmann, de Jean-Philippe Daguerre, mise en scène Jean-Philippe Daguerre, Petit Montparnasse.

Molière du Théâtre public :

– Une Chambre en Inde, création collective du Théâtre du Soleil, mise en scène Ariane Mnouchkine, Théâtre du Soleil.

Molière de la Comédie :

– Le Gros Diamant du Prince Ludwig, de Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, adaptation Gwen Aduh et Miren Pradier, mise en scène Gwen Aduh, Théâtre du Gymnase.

Molière de la Création visuelle :

– Cendrillon, de Joël Pommerat, mise en scène Joël Pommerat, Théâtre de la Porte Saint-Martin.

Scénographie : Éric Soyer, costumes : Isabelle Deffin, lumière : Éric Soyer, vidéo : Renaud Rubiano.

Molière du Spectacle musical :

Histoire du soldat, de Ramuz et Stravinsky, mise en scène Stéphan Druet, Théâtre de Poche-Montparnasse.

Molière de l’Humour :

– Blanche Gardin, dans Je parle toute seule, de Blanche Gardin, mise en scène Maïa Sandoz.

Molière du Jeune public :

– Le Petit Chaperon rouge, de Joël Pommerat, mise en scène Joël Pommerat, Cie Louis Brouillard.

Molière du Seul/e en scène :

– Vous n’aurez pas ma haine, avec Raphaël Personnaz, d’après Antoine Leiris, mise en scène Benjamin Guillard, 984 Productions – Arnaud Bertrand

Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre public :

– Jacques Gamblin, dans 1 heure 23’14 ’’ et 7 centièmes, de Jacques Gamblin et Bastien Lefèvre, mise en scène Jacques Gamblin.

Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre privé :

– Laure Calamy, dans Le Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux, mise en scène Catherine Hiegel.

Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre public :

– Marina Hands, dans Actrice, de Pascal Rambert, mise en scène Pascal Rambert.

Molière du Comédien dans un second rôle :

– Franck Desmedt, dans Adieu Monsieur Haffmann, de Jean-Philippe Daguerre, mise en scène Jean-Philippe Daguerre.

Molière de la Comédienne dans un second rôle :

– Christine Murillo, dans Le Tartuffe, de Molière, mise en scène Michel Fau.

Molière de la Révélation masculine :

– Rod Paradot, dans Le Fils, de Florian Zeller, mise en scène Ladislas Chollat.

Molière de la Révélation féminine :

– Julie Cavanna, dans Adieu Monsieur Haffmann, de Jean-Philippe Daguerre, mise en scène Jean-Philippe Daguerre.

Molière de l’Auteur francophone vivant :

– Jean-Philippe Daguerre, pour Adieu Monsieur Haffmann.

Molière du Metteur en scène d’un spectacle de Théâtre privé :

– Joël Pommerat, pour Cendrillon, de Joël Pommerat.

Molière du Metteur en scène d’un spectacle de Théâtre public :

– Ariane Mnouchkine, pour Une Chambre en Inde, création collective du Théâtre du Soleil.

 

Un article de Florian Vallaud

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s