Mutafukaz.Résultat de recherche d'images pour "mutafukaz"

Animation, Fantastique –

France, Japon

Réalisé par Shôjirô Nishimi

et Guillaume « RUN » Renard

Avec les voix de Orelsan, Féodor Atkine, Alain Dorval

Sortie en salles le 23 Mai 2018

Dans la métropole sordide de Dark Meat City, Angelino, dit Lino, est un laissé pour compte comme il en existe des milliers. Dans l’appartement miteux qu’il partage avec son meilleur ami Vinz, il survit difficilement de petits boulots qu’il perd régulièrement. À la suite d’un accident de scooter arrivé alors qu’il flashait sur la jolie Luna, il commence à souffrir d’étranges hallucinations. Il n’a pas le temps d’en découvrir la source que d’étranges hommes en noirs commencent à le prendre en chasse pour l’éliminer.

Une fois n’est pas coutume, l’édition 2018 de Gérardmer aura accueilli deux adaptations de bande-dessinée. Avec l’excellent Chasseuse de géants, c’est Mutafukazqui a le droit à une adaptation en film. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que nous avons affaire à un petit bijou d’animation mené à un rythme effréné.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas l’œuvre et son auteur (et qui auraient en plus la flemme de faire quelques recherches), il convient peut-être de faire les présentations. Mutafukazest la première œuvre publiée par Guillaume Renard, alias RUN, lors de son entrée aux éditions Ankama. Nous sommes alors en 2006. En 2007, il crée au sein d’Ankama le Label 619, dont la vocation est d’avoir une liberté éditoriale totale et de donner sa chance à de jeunes talents. Parmi les contributions qu’on lui doit, on peut noter Doggybags, 13 tomes de bande-dessinée produite collectivement. Au menu des réjouissances : Horreur, culture pop et violence outrancière.

Mutafukaz, c’est avant tout la rencontre des grandes marottes de RUN, à savoir horreur tendance série B et culture urbaine, avec un scénario foutraque assimilant à la fois complotisme délirant, gangstas du ghetto et catcheurs mexicains. Pour assurer son adaptation, il s’est associé à Shôjirô Nishimi, qui officie dans l’animation depuis plus de 30 ans maintenant, et qui a travaillé sur des projets aussi ambitieux qu’Akira, les Animaniacsou les séries animées Batman etSuperman. Le résultat, c’est l’impression réjouissante d’assister à l’explosion d’une tonne de peinture et de TNT. Les efforts conjoints des deux auteurs aboutissent à une œuvre graphiquement bluffante, où l’influence de travaux tels que Steamboytransparaît tout en gardant une forte personnalité. Les décors sont finement travaillés et fourmillant de détails, les personnages vivants et expressifs, et l’animation fluide et vive fait honneur au style de RUN. Le style particulier ne plaira pas forcément à tous, mais le travail accompli est clairement impressionnant.

Du point de vue du scénario, le résultat est un peu moins net, il faut bien l’avouer, Dark Meat City étant le théâtre d’une histoire des plus bordélique. Première étape d’une invasion menée par les « machos », créatures à tentacules dissimulées parmi la population, traquant le jeune Angelino qui rêve d’une idylle avec Luna, et elles-mêmes traquées par des luchadores/super-héros associés à un vieux scientifique. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne voit pas ça tous les jours… et c’est tant mieux ! Cependant, les deux trames se croisent sans vraiment se rencontrer, et le déséquilibre entre les deux est assez évident. L’ensemble est centré sur Angelino et sa quête, et les luchadores s’occupent de l’élimination définitive de la menace en toile de fond. Un parti-pris au découpage un peu sauvage, mais dans l’ensemble étonnamment cohérent.

Un dernier mot pour aborder un détail parfois négligé dans les films d’animation, à savoir, le doublage. Dans le cas de Mutafukaz, le travail est exemplaire, qu’il vienne de tauliers rodés à l’exercice (Féodor Atkine et Alain Dorval par exemple) ou des nouveaux venus, Orelsan en tête, lequel prête sa voix et son « flow » à Angelino. Le ton sonne encore un peu artificiel, néanmoins pour un premier essai, on ne peut que saluer la performance.

Empruntant ses influences à des œuvres telles que GTA San Andreas, Léonou Invasion Los Angeles, Mutafukaz est une œuvre folle et éclatante, un véritable feu d’artifices qui parvient à vous scotcher et se permet même, en filigrane, la critique d’une Amérique en déliquescence, où le complot délirant n’est finalement que la manifestation d’un complet abandon auquel on essaie vainement de trouver des raisons. Un film aussi délicieux qu’audacieux à ne pas rater.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

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