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À chaque Festival de Cannes c’est une habitude, les polémiques fleurissent sur tout et n’importe quoi. À croire que les professionnels ne peuvent pas se réunir sans s’envoyer des noms d’oiseaux à la figure. L’année dernière, c’était la sélection officielle de films Netflix qui faisait rager, soulevant la question épineuse des réseaux de distribution cinématographique et du calendrier français de diffusion.

Cette année, c’est Thierry Frémaux, délégué général du festival, qui en fait les frais. Mais ce ne sont plus les professionnels qui montent au créneau mais les réseaux sociaux. La raison ? Une interview donnée au Figaro doublée d’un aphorisme en conférence de presse pour résumer sa pensée : « Les séries c’est industriel, les films c’est de la poésie ». Il en fallait si peu pour le voir mis au pilori sur Twitter. Frémaux s’est vu taxé de snobisme, d’être méprisant envers les séries et déconnecté du monde réel. Mais ne faudrait-il pas se poser quelques instants pour réfléchir à ce que peut impliquer cette phrase ? Quels sont les tenants et les aboutissants d’une saillie, certes péremptoire, mais peut-être plus complexe qu’il n’y parait ?

Afin d’appréhender le sujet avec le plus de justesse possible, il convient de reprendre l’interview d’où tout est parti. Il est facile de tronquer une phrase, la tirer de son contexte et lui donner une couleur différente. La question de Frédéric Taddéi pour Le Figaro oriente déjà beaucoup la réponse de Frémaux :

« Comment vois-tu la montée en puissance des séries ? Dans les dîners en ville et les cours de récréation, on parle davantage de séries que de cinéma. La sériephilie est en train de dépasser la cinéphilie. »

Implicitement, il oppose séries et cinéma. C’est comme si ces deux médias ne pouvaient être complémentaires. De quoi donner à Thierry Frémaux l’occasion de donner une réponse qui sera forcément dans l’opposition. Après tout, il représente un festival de cinéma et non un festival de séries. Mais son propos est plus nuancé qu’on pourrait l’attendre, plus dans la réflexion :

« Depuis Les Soprano, les séries vivent leur âge d’or. Je ne suis pas spécialiste, j’en regarde très peu. Le langage des séries est celui du cinéma »

Jusqu’ici, rien de faux. Ce n’est pas une analyse particulièrement édifiante mais, en même temps, il reconnaît ne pas être un expert. Frémaux parle d’un « âge d’or », ce qui est admettre une certaine qualité au média, et le langage des séries ne peut être que celui du cinéma puisqu’un l’un est né de l’autre même si la tendance s’inverse dans l’univers cinématographique Marvel qui ressemble plus à une série à très gros budget. Mais avant d’aller plus profondément dans l’analyse, il nous faut la dernière partie de la réponse.

« Et puis les séries portent bien leur nom, c’est de la production industrielle. Game of Thrones, tout le monde en parle mais personne n’est capable d’en citer le moindre réalisateur »

Le nerf de la guerre est là ! C’est ici que repose toute la problématique du sujet, et le moment où il faut prendre en compte plusieurs facteurs différents pour la saisir et la questionner. On ne peut pas nier que les séries soient produites industriellement. Il faut produire chaque année un nombre d’épisodes défini dans un temps très réduit. L’écriture est confiée à plusieurs scénaristes chapeautés par un showrunner. Si celui-ci est garant d’une vision artistique de l’ensemble, il lui est difficile d’injecter à l’œuvre un souffle personnel. L’œuvre passe par tant d’intermédiaires avec chacun un regard différent qu’elle se retrouve formalisée. Certains répondront que c’est également le cas des films de studios (Marvel, Universal, Warner, etc). C’est vrai ! Mais Thierry Frémaux est un français qui se pose dans un héritage de cinéma artisanal à la française où le réalisateur est souvent le scénariste de son film. Dès lors, chaque œuvre devient immédiatement identifiable avec sa cohérence artistique et son lot d’obsessions.

D’autre part, le tournage des deux médias est sensiblement différent. Tourner une série est une course contre la montre. Le budget et le temps sont restreints : il faut donc tourner vite et, si possible, bien. Les réalisateurs ont peu de latitude pour concevoir une mise-en-scène inventive et significative. En analysant les plans de la plupart des séries, sauf certaines dirigées par un réalisateur de cinéma comme Twin Peaks, on pourrait constater qu’elles ne font que filmer l’action. Le souci principal est de rendre la narration claire et compréhensive. L’axe de la caméra et ce qu’elle filme fait sens dans les films d’auteur. Encore une fois, il y a des exceptions comme les films de Kev Adams, Dany Boon et consort. Mais même eux refont les scènes autant de fois qu’il leur est nécessaire pour obtenir leur vision des choses. Les séries n’en ont juste pas le temps. Ce que pointe du doigt Thierry Frémaux, c’est une opposition de conception entre le showrunner-chef d’équipe et le cinéaste-artisan. Certains pourraient considérer que c’est une vision un peu datée et réductrice des choses, mais elle n’en est pas moins une réalité.

Sur le fond, et quand il détaille sa pensée, Thierry Frémaux ne semble pas faire preuve de mépris envers les séries par rapport au sacro-saint cinéma. À la rigueur, ce qui pose problème est son aphorisme de la conférence de presse. Selon nous, il regroupe derrière cette appellation de « poésie » les différences notables de production que nous avons évoqué plus haut. La phrase parait hautaine et méprisante, mais en conférence de presse il faut être efficace et marquant. À notre avis, c’était maladroit, mal formulé mais pas dénué de vérité. C’est la démonstration qu’il vaut parfois mieux développer son propos que de chercher à faire une punchline. Mais c’est aussi la preuve qu’avant de réagir avec véhémence et développer des arguments pour montrer combien Thierry Frémaux est à côté de la plaque, il serait bon de retrouver les sources et de chercher à comprendre ce qui se dit.

source : http://madame.lefigaro.fr/celebrites/thierry-fremaux-delegue-general-festival-de-cannes-interview-par-journaliste-frederic-taddei-300418-148471

Un article de Florian Vallaud

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