Dans la brume.Résultat de recherche d'images pour "dans la brume"

Catastrophe, Anticipation –

France, Canada

Réalisé par Daniel Roby

Avec Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin

Sortie en salles le 4 Avril 2018

Dans un futur proche, à Paris, un séisme libère une brume toxique qui sème la mort dans les rues. Matthieu, Anna et leur fille Sarah sont pris dans la tourmente, mais un problème se pose : Sarah, atteinte d’un mal incurable, ne peut survivre en dehors de sa bulle. Se réfugiant au dernier étage de leur immeuble, une course contre la montre s’engage pour continuer d’alimenter la bulle de Sarah en électricité, mais pour se faire, il va falloir affronter la brume.

Dans le film catastrophe, on distingue généralement deux approches. L’une qui consiste à chercher les raisons de la catastrophe pour y survivre et éventuellement l’enrayer (le modèle généralement adopté par les blockbusters hollywoodiens), et une autre où les raisons importent peu, et s’effacent au profit des relations qu’entretiennent les personnages en ces temps de crise et suivre leur évolution (L’anthologie des Morts-vivants de George Romero en est un bon exemple). Évidemment, il est aussi possible de combiner les deux approches, mais c’est s’exposer au risque de rester dans le superficiel. Aussi étrange que ça puisse paraître, Dans la brumesemble n’avoir pas su se décider, au point que finalement, il ne se passe pas grand-chose au long de cette aventure atteignant péniblement l’heure et demie.

C’est d’autant plus dommage que, sur le papier, le projet ne manquait pas d’atouts de séduction, ne serait-ce qu’en étant une production SF française confiée à un québecois. Une configuration qui laissait augurer un regard neuf. Nous n’allons pas relancer le débat sur la frilosité des producteurs français dès qu’il s’agit d’horreur, de fantastique et de SF. On notera juste qu’il est agréable de constater que certains tentent de meubler le paysage cinématographique français avec ces genres mal-aimés, envers et contre tout. Par chance, ils sont nombreux et opiniâtres. Les lignes bougent, c’est indéniable. Et à la grande loterie des productions, c’est Dans la brumequi a tiré le ticket gagnant. Mais une question demeure : Bon sang, mais pourquoi ?!

Avec des têtes d’affiches telles que Romain Duris et Olga Kurylenko, des acteurs confirmés, l’aventure commençait pourtant bien, la jeune Fantine Harduin tire aussi son épingle du jeu et complète un casting talentueux. De même la direction d’acteurs ne pèche nulle part. Tout le monde est impliqué et au diapason, l’espace est maîtrisé et bien exploité. La mise en image est tout aussi exemplaire. La vue d’une Paris envahie par une brume dont ne surnagent que quelques toits de zinc étaient aguichantes, de même que celles crépusculaires de ses rues encombrées d’habitants étendus ou luttant pour leur oxygène. Mais alors, où se trouve le problème ?

Hé bien, la réponse n’est pas difficile à trouver : Partout ailleurs ! Laissant ses spectateurs dans le flou le plus complet, Dans la brumegarde jalousement tous ces secrets. Soit. Il n’est pas forcément besoin d’expliquer tout dans les moindres détails pour faire un bon film de ce genre. Sa force peut se concentrer toute entière dans ses personnages. Ou pas. Il ne sert à rien de monter des personnages forts pour ne rien en faire d’intéressant (Anna l’ingénieure qui répare une radio hors d’âge pendant la moitié du film pour finalement écouter un message de la sécurité civile qui ne fait pas avancer l’histoire d’un quart de centimètre) ou leur mettre en bouche des dialogues d’une rare médiocrité, accumulant des poncifs que même une comédie des années 70 n’aurait pas osé « pour rire » (Les vieux, dès lors qu’ils ont eu une belle vie, peuvent mourir tranquilles, c’est bien connu…). Même l’effort de la paraphrase n’est pas fait, ce qui est d’autant plus dommage que le jeu des acteurs sonne juste.

Du scénario, on retiendra surtout la paresse et l’absence de fond, avec ses personnages qui courent d’un bout à l’autre de Paris pour sauver leur fille, où chaque péripétie n’a pour but que de ralentir leur progression, sans vraiment servir le récit. Et des péripéties, il y en a, il faut lui concéder. Entre masques à gaz de fortune, bouteilles d’oxygène en fin de vie, chien errant agressif et autres explosions, l’ensemble est somme toute bien garni, mais également très scolaire, d’autant qu’elles sont pleines d’incohérences pénibles et amenées de manière parfois très artificielle, entre réflexions métaphysiques datées et scènes inutiles. Ainsi, il suffit à Matthieu d’évoquer la possible chute du gouvernement pour précipiter la scène où il devra se battre avec un policier ivre et désabusé devenu pillard. Tout ça pour rien, car ça n’apporte aucune preuve supplémentaire de sa détermination. En bref, Dans la brumecommence tout, mais ne finit rien ; si tant est qu’il commence quoique ce soit, en fait. Et ce n’est pas son dénouement final, clairement pompé sur celui de The Last girl (que nous chroniquions l’an dernier), qui rehaussera l’ensemble, car il ne peut en soutenir ni le questionnement écologiste plus poussé, ni la tension mieux maîtrisée.

Dans la brume n’est pas à proprement parler un mauvais film, mais il est de toute évidence un mauvais exemple de film catastrophe ou d’anticipation. Ses qualités cinématographiques sont tirées vers le fond par une vacuité hélas mal dissimulée. On pourrait lui pardonner, s’il n’était pas si sérieux et si mélodramatique. Dans la salle, on soupire, on pouffe, mais hélas, on ne tremble pas. Parce que le dénouement est sans surprise. Un comble pour un film dont l’objectif était clairement de créer la surprise.

Un article de Guillaume Boulanger-pourceaux

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