Le Marchand de VeniseRésultat de recherche d'images pour "marchand de venise ned grujic"

De William Shakespeare

Mis en scène par Ned Grujic

Avec Thomas Marceul, Julia Picquet,

Rémy Rutovic et Antoine Théry

Du 24 Janvier au 1er Avril 2018

Au Lucernaire (75)

Le Marchand de Venise semble être pour moi la pièce des premières rencontres avec le barde britannique. C’est la première pièce de lui que j’ai vu sur scène alors que j’entrais en seconde option théâtre. C’est aussi la première fois que je me suis questionné sur ce que pouvait être le sous-texte d’une pièce et comment continuer à la représenter alors qu’elle représente une pensée jugée archaïque, mais correspondant à son époque. C’est aujourd’hui sa première œuvre à figurer sur Culturotopia. C’est peu de dire que les attentes étaient fortes, et elles n’ont pas été entièrement comblées.

Dans la belle Venise, Bassanio (Antoine Théry) coule des jours heureux. Il est amoureux de la belle Portia (Julia Picquet) mais n’a pas les trois milles ducats nécessaires pour lui faire la cour. Il va alors demander l’aide de son meilleur ami, Antonio ( Thomas Marceul) qui va s’endetter pour lui auprès de l’usurier juif Shylock (Rémy Rutovic). Si Antonio ne le rembourse pas dans les trois mois, il devra lui céder une livre de chair prélevée à l’endroit que Shylock jugera opportun. C’est alors que, par un coup du sort, Antonio se trouve ruiné du jour au lendemain.

Nous avons ici un cas intéressant. Bien que classée dès sa première parution comme une « comédie », Le Marchand de Venise est un cas compliqué dans l’œuvre de Shakespeare. L’histoire d’amour de Bassanio et Portia relève purement de la comédie, le reste est terrible et pourrait être une tragédie. Difficile, en effet, de trouver que la menace qui pèse sur Antonio soit particulièrement légère, ou que le personnage de Shylock puisse être comparable au Harpagon de Molière. Les metteurs en scène ont donc la possibilité de varier les tons, mais doivent le faire avec beaucoup d’attention pour ne pas risquer que le public trouve drôle une situation dramatique et vice-versa.

L’autre souci de la pièce réside dans son fond polémique qui fait encore débat. Au premier abord, la pièce est un reflet de son temps. L’époque est à l’antisémitisme exacerbé et Shakespeare ne fait pas exception. Shylock est vénal et machiavélique, les habitants de Venise le traitent comme un chien qui ne vaut pas mieux que les quolibets et autres crachats. Pourtant, l’auteur intègre une tirade connue comme « le monologue du juif ». Il y rappelle que les pratiquants de cette religion sont des hommes comme les autres : ils pleurent et saignent comme tout le monde.

Pour sa version à 4 acteurs, Ned Grujic a opté pour une réduction drastique du texte amenant le spectacle à 1h15. Ce n’est pas dans la chair qu’il tranche, mais dans le texte. Pour cela, il a supprimé une intrigue secondaire et plusieurs scènes. Cela a l’avantage de pouvoir attirer ceux que deux heures de représentation peuvent effrayer, mais cela donne également l’impression d’une intrigue malade qui fonce à la vitesse d’un TGV tout en claudiquant quelque peu. Il va à l’essentiel mais c’est déroutant. L’effet inattendu est que la comédie déborde parfois sur les scènes dramatiques provoquant des éclats de rire à des moments incongrus.

Cependant, Ned Grujic offre une scénographie épurée du plus bel effet. Tout tourne autour de la figure de l’eau, centrale dans le texte : l’eau de Venise, l’eau qui provoque la ruine d’Antonio, etc.  Les différents espaces sont figurés grâce à des praticables amovibles. Sa distribution est aussi de haute volée, interprétant leurs rôles avec justesse.

Le Marchand de Venise au Lucernaire offre une porte d’entrée intéressante aux shakespeariens en devenir. Cependant, il décevra légèrement les habitués du texte par des coupes trop franches qui enlèvent une certaine saveur au texte original sans en ajouter. Ils devront se tourner vers la mis en scène astucieuse de Ned Grujic et l’énergie de ses comédiens pour pouvoir se satisfaire de ce spectacle auquel il manque, hélas, un peu de chair.

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