Premier AmourAffiche Premier Amour.Nesle.jpeg

Un texte de Samuel Beckett

Avec Pascal Humbert

Mise en scène : Mo Varenne

Jusqu’au 23 Février 2018

Le vendredi à 19h

Au Théâtre de Nesle (75)

En 1946, Samuel Beckett est encore inconnu du grand public. Il n’a pas encore écrit les pièces qui feront scandales puis le rendront célèbre. Il compose une nouvelle qui ne sera publiée qu’en 1970 : Premier Amour. Ce texte écrit à la première personne suit les pérégrinations d’un vagabond solitaire, et qui aspire à le rester, jusqu’à ce que son quotidien soit bousculé par la rencontre d’une femme sur un banc, Lulu. Il nous raconte ses premiers émois, sa relation avec cette personne qu’il a du mal à définir. L’écriture simple et limpide entre en opposition avec l’esprit désordonné du protagoniste. Il enchaîne les imprécisions, les hésitations, les digressions. Dans ce premier ouvrage, Beckett met les thèmes qui constitueront l’essentiel de son œuvre : la mort, la solitude, le vagabondage, etc.

Ce soliloque a motivé de nombreux comédiens à le jouer sur scène bien que ce ne soit pas sa destination première. L’absence totale d’indication de lieu et de temps est un défi difficile à relever. Mo Varenne et Pascal Humbert s’y sont attelé avec un résultat satisfaisant qui mérite qu’on s’y attarde.

Mo Varenne invite le spectateur à entrer dans la tête du personnage. Elle pose un banc comme simple décor qui figura plusieurs lieux. Au-dessus, une constellation de feuilles représentent ses souvenirs qu’il va consulter quand quelque chose lui échappe. C’est un espace mental où toutes les imprécisions et hésitations prendront sens. Pascal Humbert fait le reste, délivrant le texte avec délectation. Les nombreux traits d’humour de l’auteur passent sans difficulté et provoquent une réaction quasi immédiate du public. La mise en scène et la direction d’acteur sont de grande qualité mais se heurtent à un problème qui n’est pas de leur ressort : le rythme imposé par le texte.

C’est un fait, on n’écrit pas une pièce comme on écrit une nouvelle. Et bien que le texte soit à la première personne, Beckett use de la liberté que lui donne la forme narrative. Ainsi, son histoire est décousue et chaque « événement » est l’occasion d’une digression plus ou moins longue. Il n’y a, dans sa nouvelle, aucune montée dramatique qui permettrait une variation des ambiances. Le tout est assez linéaire et donne parfois l’impression d’entendre une petite musique qui serait toujours la même. C’est subtil, bien écrit et très bien interprété par Pascal Humbert, mais le fait est qu’on a parfois l’impression que la pièce ne démarre jamais vraiment. La dernière partie sort du lot avec une série de péripéties très drôles et qui font sens.

L’aPremier Amour pourrait être un très beau moment de théâtre si il n’était limité par un texte qui s’adapte mal au rythme d’une représentation. Le texte de Beckett est magnifique mais n’est pas écrit pour la scène et cela se ressent. Cependant, nous ne pouvons que saluer le travail de Mo Varenne et Pascal Humbert qui ne déméritent pas. L’ensemble est agréable, léger, drôle et magnifiquement interprété. Les amateurs de l’auteur y trouveront une belle occasion de découvrir ou redécouvrir ce texte si peu mis en avant.

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