Battle of the sexes. Biopic – USARésultat de recherche d'images pour "battle of the sexes"

Réalisé par Jonathan Dayton et Valerie Faris

Avec Emma Stone et Steve Carrel

Sortie en salle le 22 Novembre 2017

Au cours de l’année 1972, Billy Jean King remporte 3 tournois du grand chelem. Loin de se contenter de ses titres, elle engage un bras de fer avec la ligue de tennis américaine afin d’obtenir pour toutes les femmes le respect qu’elles méritent. Alors qu’elle organise son propre tournoi féminin, Bobby Riggs, ancien tennisman vedette provocateur et accro au jeu, lui propose un match exhibition particulier : lui contre elle, pour déterminer qui de l’homme ou de la femme est supérieur. La bataille des sexes est lancée.

S’il n’est pas rare que l’actualité influence parfois le planning de sorties, voire le contenu, de certains films (On l’a récemment constaté avec le prochain film de Ridley Scott, expurgé de la prestation de Kevin Spacey, ou l’annulation de I love you, Daddy de Louis C.K, le tout sur fond de harcèlement sexuel), il est cependant plus rare que le thème et la date de sortie d’un film coïncident avec l’actualité à un point tel qu’on pourrait y voir l’œuvre d’un prophète du marketing au sens de l’humour des plus singuliers. En effet, à l’heure où la parole semble enfin se libérer pour dénoncer le harcèlement qui gangrène notre société, où l’égalité homme-femme (bien qu’inscrite dans la loi) est encore loin d’être entrée dans toutes les mœurs et où le simple fait d’être homosexuel suffit à donner des bouffées haineuses à certains, que ce soit ici ou ailleurs, il est plus qu’indispensable de rappeler les combats des précurseurs, celles et ceux qui ont ouvert la voie en déclarant que ce que leur époque trouvait normal ne l’était finalement pas tant que ça. Billie Jean King est l’une de ces pionnières et Battle of the sexes rend hommage de bien belle façon à son audace et à sa détermination.

L’une des grandes forces du film est sans doute d’être parvenu à traiter les trois fronts sur lesquels Billie Jean King s’est battue, à les condenser en deux heures de film et à ce que l’ensemble sonne avec une justesse qui force l’admiration. Le mérite en revient en premier lieu à l’écriture, qui parvient à mêler de manière équilibrée le bras de fer de Billie Jean King contre la Ligue de Tennis US, l’éveil de son homosexualité et la fameuse « Bataille des sexes », et en second lieu à un casting de très haute volée. Emma Stone campe une Billie Jean King tantôt rayonnante sur les courts, timide en amoureuse face à Marylin Barnett (Andrea Riseborough, elle aussi magnifique) et volontiers mordante quand il s’agit de défendre ses convictions. Une très belle prestation. Face à elle, Bill Pullman qui incarne un Jack Kramer baignant dans sa misogynie et son cynisme au point de s’y noyer, et surtout Steve Carell, épatant dans son rôle de Bobby Riggs gouailleur, macho et pourtant attachant. Car si les deux personnages sont clairement misogynes, les racines qui les abreuvent plongent dans des sources bien différentes. Kramer s’appuie sur des « faits » qui, pense-t-il, lui donnent raison alors que Riggs, pur produit de son époque et addict aux paris, n’a que cette provocation perpétuelle pour exister et augmenter la valeur de ses matchs mixtes. En témoignent l’élégance qu’il aura au sortir de la « Bataille » et la proximité qui le liera à Billie Jean King jusqu’au décès de Riggs en 1995.

Plus qu’un simple duel de force brute, Battle of the sexes révèle l’envers d’un match dont tous les enjeux n’auront été dévoilés que des années plus tard, à la rupture houleuse entre Billie Jean King et Marylin Barnett qui forcera la championne à faire son coming-out. Si tout le monde s’accordait sur le fait que Billie Jean King avait pour elle la technique et le talent, c’était sa capacité à gérer la pression que mettaient en doute les machos de tous poils. De fait, la pression sur ses épaules, proprement colossale, est parfaitement retranscrite, qu’il s’agisse des menaces permanentes de la Ligue de Tennis US, qu’elle concurrence par la création de sa propre ligue féminine rassemblant les meilleures joueuses américaines, la crainte qu’on découvre sa liaison avec Marylin, et les tourments qui la tenaillent à la perspective de blesser son mari. Mais que dire aussi de celle qui règne sur Bobby Riggs, homme-enfant qui voit son mariage partir à vau-l’eau et combinard étranglé par l’ampleur de ce qu’il pensait être le hold-up du siècle, et qui tente de combler l’écart avec son adversaire avec d’autres combines. Un rôle de cabot d’une drôlerie imparable.

Véritable plongée au cœur des années 70, avec ce qu’il faut de musiques emblématiques et de néons psychédéliques, Battle of the sexes retranscrit à merveille l’ambiance électrique de cette époque, sans le manichéisme qu’on pourrait redouter dans ce genre de production. À la fois drôle, sensible et puissant, Battle of the sexes gagne sans peine sa place parmi les films indispensables de cette fin d’année.

Un article de GBP

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