Angels in America

Une pièce de Tony Kushner

Mis en scène par Aurélie Van Den Daele

Avec le Deug Doen Group

Du 15 Novembre 2017 au 10 Décembre 2017

Au Théâtre de l’Aquarium (Paris 12)

Dans les années 80, un fléau plus important que Reagan touche les États-Unis. Il décime à tour de bras et aucun super-héros n’a pu l’arrêter. L’auto-proclamée « patrie de Dieu » s’est vue terrassée par un mal qui touchait le reste de monde, sans origine et sans mobile. Un adversaire invisible. On lui a donné beaucoup de noms différents. La plupart de ses victimes sont officiellement mortes d’un « cancer ». On le qualifiait de « cancer des homosexuels et des drogués ». Le SIDA, puisqu’il faut bien écrire son nom, faisait son apparition.

En 1992, quasiment sept ans après le début du carnage, le dramaturge américain Tony Kushner se saisit du sujet pour en faire une pièce poétique et incandescente qui fait appel à l’imagerie religieuse pour transcender son sujet. Le succès est tel que la chaîne à péage HBO en fait une adaptation culte avec, entre autres, Al Pacino et Meryl Streep. Les nombreux problèmes de mise en scène que la pièce pose et sa durée (4h30) en font une des œuvres trop rarement montée en France. La belge Aurélie Van Den Daele, artiste associée au Théâtre de l’Aquarium, relève ce défi avec brio.

La pièce confronte différents personnages à leur séisme intérieur en regard de l’apparition de la maladie. A l’instar de celle-ci qui annihile les défenses immunitaires, Tony Kushner nous narre des êtres qui voient leurs barrages céder et se retrouvent submergés. Les boites dans lesquelles ils se sont enfermés deviennent irrespirables, ils doivent en sortir. Aurélie Van Den Daele concrétise cette idée sur scène en créant un double espace. D’un coté, un espace ouvert qui évoque tour à tour une rue, une salle d’attente d’un hôpital, etc. Les comédiens définissent le lieu par leur jeu précis et terriblement vivant. L’esprit du public fait le reste.

De l’autre, une cage de verre figurant un bureau, un appartement, ou encore une boîte de nuit tel un aquarium géant dans lequel les personnages tournent. Elle le sature souvent de fumée, donnant une impression de monde à la fois irréel et étouffant. C’est également ainsi qu’elle justifie les apparitions hallucinatoires du malade Prior ou de la dépressive Harper. C’est simple et pourtant, il fallait y penser. Le texte, pourtant compliqué, est rendu cristallin.

Une des autres bonnes idées de mise en scène est l’utilisation du surtitrage. Il rythme le spectacle avec des codes de séries télés : les deux parties du spectacles sont renommées « saisons », des blocs de scènes deviennent des épisodes. Cela peut paraître anecdotique. On peut penser que c’est devenu à la mode d’utiliser ces codes pour moderniser les pièces. Il n’en est rien. Cela créé une vraie dynamique qui permet de voir filer les 4h30 de spectacle sans jamais sentir une baisse de régime.

Angels in America est une réussite à tous les niveaux. À voir en intégrale ou en deux soirées, le spectacle fait partie de ses moments de théâtre qui ne laissent pas le spectateur indifférent. Il l’imprègne au plus profond et opère un choc émotionnel dans la durée. L’autre bonne idée est d’avoir intégré ce spectacle dans le cadre d’un festival queer « over the aquarium » dans des lieux partenaires parisiens articulé sur 8 temps forts. C’est la démonstration d’une conscience de l’importance de ce genre de démarche à une époque où certains croient, à tort, que le SIDA n’est plus une menace et que l’homosexualité est entrée dans la norme.

Un article de Florian Vallaud

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