Un Cœur Moulinex de Simon GrangeatL’image contient peut-être : texte

Mise en scène par Claude Viala

Compagnie Aberratio Mentalis

Jusqu’au 26 Novembre 2017

Au Théâtre de l’Opprimé (Paris 12)

De tout temps, le théâtre a eu pour objectif de porter le monde au regard du spectateur. Il questionne le réel pour en faire ressortir les mécanismes profonds, ceux que le rythme effréné de la vie nous empêche de voir. Cet art est infiniment politique et a encore maintenant un rôle essentiel d’éclaircissement auprès du citoyen. Un Cœur Moulinex de Simon Grangeat s’inscrit dans cette lignée.

Nous connaissons tous l’histoire de cette entreprise française qui a eu comme maître mot de « libérer la femme ». Créé en 1932 par Jean Mantelet, le « moulin-légumes » deviendra le symbole de la réussite industrielle française au cours du XXème siècle pour finir par la liquidation et la revente à son principal concurrent en 2001. Quels sont les rouages qui ont conduit à un tel drame après avoir été la référence dans son domaine ? C’est la question que nous propose d’explorer le spectacle.

Le texte de Simon Grangeat traverse ainsi la période de l’entreprise qui va de sa création à son rachat par Seb en 2001. En découpant le tout en grandes périodes, il apporte une lisibilité à ce qui pourrait paraître obscur pour les non-initiés en économie. Ici, le public doit comprendre les mouvements de l’entreprise et les enjeux qui ont mené à la fin qu’on connaît. Ce ne sont ni l’immersion ni l’identification aux personnages qui comptent : c’est la compréhension.

Nous sommes dans du théâtre didactique et Simon Grangeat s’inscrit dans la lignée de Brecht. Il y a aussi du Michel Vinaver dans sa manière de traiter les personnages comme les voix de quelque chose de plus grand. Les personnages d’ouvrières ont des prénoms mais elles représentent à elles-seules toutes les autres. Seuls les dirigeants ont des identités et des caractères définis puisqu’ils sont réels. Cependant, Simon Grangeat n’oublie pas qu’un message passe mieux avec un peu de « divertissement ». Le texte n’est ni lourd, ni trop sérieux. Il est souvent drôle et ironique. Il apporte même une dose de nostalgie aux spectateurs qui ont grandi entourés de cet électro-ménager qui a conquis toutes les cuisines.

La mise en scène de Claude Viala et la justesse des comédiens portent magnifiquement le propos. En faisant appel à des effets réduits à leur plus simple expression, Claude Viala offre une scénographie claire et au service du texte. Elle ne cherche pas à créer l’illusion mais laisse tout à vue du spectateur qui devient alors témoin des événements. On ne l’ignore pas, on le sollicite. On le tient en éveil constant. Les comédiens n’incarnent pas des personnages mais les présentent au public. D’ailleurs, ils en jouent plusieurs pendant le spectacle et les changements se font à vue. Ce qui compte ce n’est pas de croire mais de comprendre.

Un Cœur Moulinex est une très bonne chronique d’une entreprise dont le créateur a refusé pendant longtemps de suivre l’évolution économique mondiale, et qui a donc creusé la tombe de ce qu’il a mis au monde. Le spectacle ne souffre d’aucun temps mort et les comédiens sont parfaits. Ce serait dommage de rater un spectacle intelligent, drôle et éclairant.

Un article de Florian Vallaud

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