Encore Vivant (2017)

Un livre de Pierre Souchon

Paru le 16 Août 2017

aux éditions du Rouergue

Être bipolaire, c’est une maladie. Une maladie d’autant plus grave qu’elle n’est pas visible pour les autres. Elle est même à peine compréhensible par l’entourage de ceux qui la vivent au quotidien. C’est une vicieuse compagne qui isole les personnes sur qui elle a mis le grappin. Elle ne se guérit pas, elle se contrôle. Par des solutions médicamenteuses, le plus souvent, qui parviennent au mieux à la calmer. Mais elle revient. Le malade passe d’états d’euphorie à des états d’intense dépression. Chacun ne la vit pas de la même manière, elle est protéiforme. Capter l’essence de la bipolarité pour la faire comprendre au plus grand nombre est alors un challenge alloué aux écrivains. Seule la littérature semble pouvoir trouver les images pour évoquer ce mal. Pierre Souchon, journaliste au monde et malade depuis l’âge de seize ans, fait paraître son premier roman autobiographique sur son internement en Hôpital Psychiatrique suite à un épisode maniaco-dépressif intense.

Ne nous y trompons pas, l’auteur n’est jamais là où nous l’attendons. Pour ceux qui pensent trouver une version moderne de Vol au dessus d’un nid de coucou, passez votre chemin ! Les conditions de vie actuelle dans les hôpitaux psychiatriques sont évoquées mais ne constituent pas le cœur du roman. Si vous avez peur de tomber sur une histoire qui abuse du pathos afin de faire pleurer dans les chaumières, ce n’est pas cela non plus. L’humour est présent à chaque page et la maladie n’est pas dramatisée.

Ce que raconte Pierre Souchon de sa maladie est de l’ordre du sensitif. Il nous fait vivre ses crises comme si ce qu’il voyait ou ressentait était la réalité. Il trouve des images poétiques pour raconter le gouffre sans fond dans lequel semble tomber le malade à chaque crise. Il ne nous raconte pas la bipolarité, il nous la fait ressentir. Son portrait est juste et clair.

Comme une sorte de pied de nez au nom de son affection, le livre traite deux pôles : la maladie et la lutte des classes. L’un semble fonctionner avec l’autre de façon très logique. De fait, Pierre Souchon est interné pour avoir été retrouvé sur la statue de Jaurès. Le symbole est fort. À travers sa recherche intérieure pour aller mieux, il va nous dépeindre l’opposition entre le monde privilégié auquel il a accédé et le monde paysan d’où il vient. Cette double identité traverse le livre comme elle traverse sa vie et ses crises maniaco-dépressives. On passe du passé au présent sans rupture et avec un vrai plaisir de lecteur tant son écriture est à la fois simple et très travaillée.

Encore Vivant est un livre sublime, très juste et qui dépeint son auteur comme quelqu’un qui se bat tous les jours pour mettre son instinct de vie au premier plan. On en ressort ragaillardi et avec l’envie d’être positif. Il est à conseiller à tous pour que les malades soient enfin compris et entourés, qu’ils n’aient plus l’impression qu’on leur reproche de toujours aller mal.

UN ARTICLE DE FLORIAN VALLAUD

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