Les Damnés (2016)

Mise en scène : Ivo Van Hove

avec la Troupe de la Comédie Française

Du 29 Septembre 2017 au 10 Décembre 2017

A la Comédie-Française – Salle Richelieu (75)

En ce samedi soir, la salle Richelieu de la Comédie-Française était comble. Après des applaudissements fournis, quoique bizarrement un peu éthérés, les spectateurs quittent la salle et descendent les escaliers dans un calme peu commun. Il faut dire qu’il viennent de vivre une expérience qui les a tenu en alerte pendant 2h10 sans entracte. Les Damnés, mis en scène par Ivo Van Hove, fait parti de ces pièces qui ne cherchent pas le confort de leur spectateur, bien au contraire. C’est pourtant une des expériences les plus enthousiasmantes que le théâtre puisse nous offrir.

En 1933, les aciéries Essenbeck sont florissantes. Le baron Joachim Von Essenbeck vieillit et pense à sa succession à la tête de l’entreprise familiale. Mais l’incendie du Reichstag et la montée en puissance du nazisme vont perturber ses plans. Les membres de la famille vont lutter jusque dans le sang pour obtenir le pouvoir. Ils vont chacun révéler leur part de noirceur. Adaptée d’un film de 1969 de Luchino Visconti, la pièce va suivre cette lente descente aux enfers de la famille en parallèle de la montée du nazisme.

Ivo Van Hove axe sa mise en scène sur deux pôles importants. Le premier apparaît dans sa scénographie globale. Il assume pleinement l’héritage cinématographique de cette histoire en parant le plateau de rappels constants. On trouve côté Jardin plusieurs postes de maquillages et les costumes qui serviront à la représentation. Ils figurent ainsi les coulisses d’un plateau de tournage mais également ce qui sera les « coulisses » des membres de la famille Essenbeck, l’endroit où ils fomenteront leurs plans. En fond de scène, un grand écran qui diffuse en direct les images filmées par une steadicam. Le cinéma est là par les gros plans qu’il propose des comédiens ou les images filmées au préalable qui complètent l’action du plateau. Les comédiens, tous parfaits dans leurs rôles de personnages pourris jusqu’à la moelle, sont équipés de micros qui leur permettent de mettre davantage de nuances dans leur jeu puisqu’il n’ont pas à se soucier d’être entendus.

De plus petits écrans sont disséminés dans la salle et nous orientent vers le deuxième axe de la mise en scène : la mise en alerte du public. Tout concourt à mettre le spectateur volontairement mal à l’aise. Il ne doit pas se sentir détendu face à ce qu’il voit. Des stimuli sonores et visuels particulièrement violents rythment la pièce et semblent nous réclamer d’être attentif. Il veut que nous soyons les témoins de ce qui se passe et nous force à regarder avec plus d’attention mais souligne également chez nous une curiosité malsaine. Nous bravons les moments où la lumière nous éblouit pour les voir tout de même. Certaines scènes de perversion des personnages s’en voit renforcées. Les extrémismes montent et nous ne devons pas être passifs face à cela.

En ceci, Ivo Van Hove signe une œuvre profondément moderne dont le propos est, hélas, d’actualité. Il met en place un processus d’éveil du spectateur d’un efficacité redoutable. On est secoués, gênés, parfois amusés mais jamais rassurés. Il offre des scènes fascinantes qui marquent par leur beauté et leur cruauté. La salle Richelieu, rassurante le plus souvent, entre en contraste avec cette démonstration de l’horreur des Hommes et ce qu’ils sont capables d’accomplir pour gagner le pouvoir. Nous ne saurons trop vous conseiller d’aller vivre ce moment qui ne laisse pas indemne et donne envie d’encore plus de théâtre viscéral.

Un article de Florian Vallaud

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