La Serpe (2017)

Un livre de Philippe Jaenada

Publié le 17 Août 2017

Aux éditions Juillard

Nous continuons notre exploration de cette rentrée littéraire de l’automne 2017 avec ce qu’il convient d’appeler un pavé. Avec 648 pages au compteur, Philippe Jaenada nous délivre un roman au long cours qui promet des heures de lecture acharnée. Après s’être intéressé aux cas de Pauline Dubuisson dans La Petite Femelle et de Sulak dans le livre éponyme, il continue sur sa lancée et ressort une affaire judiciaire vieille de 76 ans mais toujours bien ancrée dans les mémoires.

Un matin d’Octobre 1941, au château d’Escoire près de Périgueux, trois individus sont retrouvés assassinés à coup de serpe. On y trouve le maître de maison, sa sœur et la bonne. Le seul survivant est le fils du propriétaire, Henri Girard. Il n’a visiblement rien vu ni entendu de la nuit. Mais tous les indices le désignent comme le coupable. Au terme d’un procès qui semble couler de source, il est acquitté à la surprise générale. L’affaire est alors laissée à l’abandon par la justice et Henri Girard va disparaître quelques années en Amérique du sud pour revenir en tant qu’écrivain sous le pseudonyme de Georges Arnaurd. Il écrira un succès de librairie devenu un grand film de Clouzot, Le Salaire de la peur, et sera l’ami des grands de son temps.

Cette affaire a été traitée et retraitée dans tous les sens avec toujours la même conclusion : Henri Girard avait décidément un grand avocat. Sa culpabilité ne fait aucun doute. Alors pourquoi Philippe Jaenada décide-t-il de rouvrir le dossier ? Que peut-il y apporter de plus ? Si le destin picaresque de ce fils de bonne famille paraît le sujet tout indiqué pour un roman, comment ce livre se distingue-t-il des autres ? Tout semble partir d’un doute de l’auteur. Cette histoire semble tellement couler de source qu’elle paraît presque montée de toutes pièces. Il mène alors son enquête et nous en livre le résultat édifiant. En partageant avec le lecteur les minutes de procès et les différentes pièces du dossier qu’il ressort des archives, Jaenada nous fait partager sa réflexion et mène le tout comme un roman policier. Il fournit un travail de fourmi en recoupant et en confrontant les témoignages et les indices. C’est alors que le lecteur se rallie à son avis : quelque chose cloche, Et si Henri Girard n’était pas si coupable qu’on veut bien le faire croire ? Mais alors qui et pourquoi ?

Le style est fluide, volontiers sarcastique et emmène le lecteur dans un cas aux ramifications multiples. Cependant, l’auteur ne perd jamais le lecteur et chaque « tunnel », comme il les appelle, est essentiel à la compréhension globale des faits. On est emporté par cette recherche de la vérité et ouvrir le livre est un plaisir sans cesse renouvelé. Au delà de l’affaire proprement dite, c’est surtout la chronique d’un échec judiciaire. Les personnes chargées de l’enquête sont tellement enfermées dans leurs préjugés qu’ils accordent la vérité à leur version des faits.

La Serpe est une enquête d’autant plus haletante que l’auteur prend le lecteur comme compagnon. A l’instar d’un Hercule Poirot avec Hastings, il fait travailler nos petites cellules grises pour nous convaincre de ses conclusions et réhabiliter un homme considéré coupable par l’opinion depuis 1941. Un roman intelligent, souvent drôle et qu’on ne lâche pas.

Un article de Florian Vallaud

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