NOVECENTO

Une pièce de Alessandro Baricco

Interprétation et mise en scène par André Dussollier

Jusqu’au 1er Octobre 2017 au Th. Du Rond Point (75)

Du 06/10/17 au 27/12/17 au Théâtre Montparnasse (75)

Un homme, ancien trompettiste d’un paquebot faisant la liaison avec les États-Unis, nous narre la vie étonnante d’un pianiste de jazz autodidacte qui n’a jamais mis un pied hors du navire : Dany Boodman T.D. Lemon Novecento. De sa naissance à sa mort, cet artiste de génie va bien mieux comprendre la musique et le monde que ceux qui y vivent. Il sera considéré comme le plus grand pianiste de tous les temps.

Déjà représenté en 2015 au Théâtre du Rond Point, fief de Jean-Michel Ribes, ce monologue théâtral de Alessandro Baricco avait valu à son interprète (André Dussolier) un « Molière du meilleur acteur dans un théâtre public ». Il devait être repris la saison dernière mais une blessure avait empêché le comédien de pouvoir assurer les représentations. C’est donc tout naturellement en ce début de saison que le spectacle retrouve sa place, jusqu’au 1er Octobre 2017, dans le lieu qui l’a vu naître. Il sera, par ailleurs, prolongé au Théâtre Montparnasse jusqu’au 27 Décembre 2017. Mais le spectacle vaut-il la réputation qui le précède ?

André Dussolier n’est pas qu’interprète du spectacle mais en assure également l’adaptation française (avec l’aide de Gérald Sibleyras et Stéphane DeGroot) et la mise en scène. Cette omnipotence de l’artiste tend à créer une cohérence totale de l’œuvre qui fait affleurer la poésie du texte de Baricco. Ici, le narrateur est acteur et interprète les différents personnages de l’histoire. Les choses prennent vie dans notre esprit par la force de suggestion des images employées. Ainsi, il n’est nul besoin de représenter sur scène la valse du piano dans la salle de bal un soir de tempête. Le spectateur se figure assez bien la scène par la précision et la poésie du texte. On y parle de musique mais surtout de la vie et de l’expérience qu’on en fait. En restant à bord du navire, Novecento vit toutes les vies au lieu d’une seule. Il est le spectateur de celles des autres dont il s’empare et se nourrit. Le texte adopte différentes palettes de sentiments : du rire franc à l’émotion poétique.

Le dispositif scénique, aussi simple qu’esthétique, concourt à offrir un bel écrin à ce voyage. En fond de scène, un écran blanc sur lequel sont projetées des ombres ou une peinture évoquant un endroit du bateau. Côté Jardin, une plateforme mobile figurant tour à tour le grand escalier de la salle de bal ou celui, plus petit et métallique, de la salle des machines. Côté Cour, une formation Jazz avec piano, contrebasse, trompette et percussions. Dans sa mise en scène, Dussolier a pris le parti de ne pas saturer le plateau pour laisser la place aux projections mentales du spectateur. La musique live, qui n’était pas envisagée par l’auteur, offre une ponctuation agréable et essentielle au texte. Elle le rythme et le prolonge. Il est question de musique, il faut de la musique, même si celle de Novecento n’est jamais interprétée mais évoquée. On ne peut représenter une musique aussi riche et complexe qu’elle est décrite.

Si le décor n’est qu’un réceptacle des images que se créent les spectateurs, il faut que l’interprétation soit à la hauteur de la puissance du texte. Mais qu’attendre d’autre d’un comédien de luxe comme André Dussollier ? Il transcende le texte et l’envoie avec une virtuosité et un débit inégalable. En 1h15 de temps, il mitraille le texte puis le caresse, le laisse reposer et repart à l’assaut. Le spectateur est un captif consentant. Il peut nous mener où il veut avec une aisance et une énergie de jeune homme. Dans une scène uniquement à base de jeux de mots, qui porte sans doute la patte de Stéphane DeGroot, il réussit chaque effet : du calembour le plus foireux au plus spirituel. Les musiciens qui l’accompagnent sont au diapason de son talent. Saluons tout de même la fabuleuse performance du pianiste Elio Di Tanna qui, si il n’atteint pas le talent évoqué de Novecento, nous l’inspire pourtant parfaitement. Il envoie les notes avec une virtuosité bluffante et une expressivité qui pousse le public à l’ovationner aux saluts.

Le Théâtre du Rond Point démarre sa saison théâtrale avec un spectacle d’une énergie et une finesse folle. Novecento est un réel plaisir théâtral dont tous les éléments (texte, mise en scène et interprétation) en font un spectacle immanquable, une traversée dont on ne veut jamais descendre.

Un article de Florian Vallaud

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