Mon Père, Ma mère et Sheila (2017)

Un roman d’Eric Romand

Aux éditions Stock

La rentrée littéraire est l’occasion pour les éditeurs de lancer leurs nouveaux poulains dans la grande course au succès et aux prix en tout genre. C’est à la fois une grande occasion mais aussi un risque énorme. Comment se démarquer au milieu de plus de 500 publications ? De plus, les premiers romans sont souvent ceux de toutes les erreurs du débutant. Une des plus courantes consiste à vouloir faire de son livre « le grand roman », et offrir aux lecteurs un pavé indigeste qui traite de plusieurs sujets et, au final, n’en traite vraiment aucun. Ce n’est pas le cas d’Eric Romand qui a opté pour une forme extrêmement courte, 100 pages à peine. Mon Père, ma mère et Sheila, paru chez Stock, est surprenant d’efficacité.

Se classant dans le genre de l’autofiction, l’auteur narre des souvenirs qui lui reviennent de son enfance dans les années 70. De l’épicerie lyonnaise de ses grands-parents maternels aux infidélités de son père en passant par son obsession pour Sheila, Eric Romand nous présente un portrait assez clair de sa famille. Il jette sur le papier, en petits paragraphes, ses souvenirs pêle-mêle. On pense à des instantanés de vie, des traces de peinture sur une toile d’artiste. Et toutes ces petites traces finissent par constituer un ensemble qui nous séduit et nous parle. Il faut dire que ce qu’il narre est tellement universel que peu importe notre âge ou notre vécu, on a vécu plus ou moins les mêmes choses.

Eric Romand réussit le tour de force de contenir en peu de pages le parcours d’un jeune garçon qui s’éveille à une sexualité que sa famille considère comme honteuse. Si le procédé de petits paragraphes pouvait nous faire craindre qu’il ne survole le sujet, c’était sans compter sur sa capacité à être extrêmement précis en peu de mots. Le style est simple mais suffisamment évocateur pour que le lecteur prolonge lui-même le parcours du narrateur. Le rapport au père est un des autres piliers de ce roman. Il nous raconte un père chahuté par ses démons intérieurs  (infidèle, honteux des attitudes efféminées de son fils…) et qui s’avère être parfois un chef de famille aimant et attachant. Les deux personnages masculins sont incapables de se comprendre ou même de se parler. Ce thème peut paraître cliché mais le traitement qu’en fait Eric Romand est tout en finesse, aidé par sa construction en fragments de vies.

Mon père, ma mère et Sheila est une des surprises prometteuses de la rentrée littéraire. Eric Romand fait une entrée discrète mais franche parmi les auteurs qu’il faudra suivre dans les prochaines années. A l’instar d’un réalisateur de cinéma, il nous propose ce qui serait un court-métrage faisant la démonstration de son talent d’écrivain. On ne peut qu’espérer avoir bien vite un texte plus long car il est toujours frustrant de ne passer que quelques instants avec quelqu’un qui sait si bien raconter les histoires.

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