Nos Richesses (2017)

Un roman de Kaouther Adimi

paru le 17 Août 2017

aux éditions du Seuil

Ces dernières années sont le théâtre d’une tendance de plus en plus forte des auteurs à se nourrir du réel. Nous entendons par là qu’ils transforment en objet littéraire la vie de personnes réelles. On ne compte plus les romans sur les destins tragiques d’actrices de l’âge d’or hollywoodien ou sur les grandes figures du XXème siècle. Les romanciers se font les explorateurs de l’Histoire. Ils ne prétendent pas à la précision scientifique mais à la recherche autopsique de « l’âme ». Ils cherchent à comprendre plutôt qu’à expliquer. La rentrée littéraire est à l’image de cette tendance et notre site s’en fera évidemment l’écho. Entre le fabuleux roman d’Olivier Guez sur Mengele (la critique ici : https://culturotopia.wordpress.com/2017/08/17/la-disparition-de-josef-mengele), celui de Philippe Jaenada (le prochain à passer au feu critique) et le très attendu livre de Philippe Besson sur Emmanuel Macron attendu début Septembre, on va se nourrir de faits réels. Mais Nos Richesses, troisième roman de Kaouther Adimi, est la preuve que le choix de ces sujets n’est pas synonyme de simplicité.

Le roman s’articule autour de deux périodes narratives. D’un côté, nous avons Ryad, jeune homme de 20 ans en 2017, dont le stage consiste à vider les locaux d’une librairie à Alger et la repeindre pour faire place nette à son futur propriétaire. Sa tâche sera compliquée par la surveillance constante d’un étrange gardien des lieux. De l’autre, nous suivons le journal D’Edmond Charlot qui fut le créateur de cette librairie mais aussi l’éditeur de grands noms comme Albert Camus, Emmanuel Roblès, Jules Roy, etc. Ces extraits de carnets sont introduits par un narrateur omniscient qui replace le contexte historique puisque le lecteur va traverser la Seconde Guerre Mondiale et la Guerre d’Algérie du point de vue algérien.

Le problème principal de l’œuvre tient à cette double narration. Ce qui peut sembler être une bonne méthode pour diversifier les points de vue et offrir plusieurs saveurs au lecteur est, en réalité, sa seule faiblesse. En effet, l’auteure adopte deux styles d’écriture différents qui, au lieu de s’amalgamer comme ils le devraient, donnent l’impression de lire deux livres au lieu d’un. Ce pourrait être une force si elle était de qualité égale. Mais toute la partie sur Edmont Charlot, bien qu’intéressante pour qui aime la librairie, est limitée à son style minimaliste de journal intime. D’autre part, Kaouther Adimi semble tellement accrochée à son personnage historique qu’elle n’en décolle pas. Elle nous fournit les informations qu’elle a récolté au gré de ses recherches mais ne le transforme jamais en personnage de roman. C’est dommage car cette partie manque de souffle.

En revanche, la partie de Ryad est fabuleusement écrite et on sent presque l’atmosphère algérienne nous taquiner les narines. Elle retranscrit une ambiance, des personnages attachants comme le vieil Abdallah ou les restaurateurs voisins. Les thèmes de l’importance des livres dans la société et le lien humain qu’ils peuvent créer est abordé finement et avec pertinence. On aurait préféré que cette partie dure plus longtemps.

Dans l’ensemble, Nos richesses offre un bon moment au lecteur. Il se lit avec plaisir et on ne voit pas passer les 200 pages. Mais il reste comme un goût d’inachevé quand on le ferme. On aurait aimé être davantage transporté même si on a beaucoup appris sur un personnage méconnu.

Un article de Florian Vallaud

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