Colossal. Comédie dramatique, SF – Canada, Espagne (2016)

Réalisé par Nacho Vigalondo

Sortie en e-cinéma le 27 juillet 2017

New-yorkaise dans l’âme, Gloria perd son travail et se fait larguer coup sur coup. Elle se retrouve obligée de retourner s’enterrer dans le patelin qui l’a vue naître. Elle tombe alors par hasard sur Oscar, un ami d’enfance, qui lui offre l’opportunité de rebondir en travaillant dans son bar. Un lendemain de cuite, elle découvre effarée qu’un monstre géant a ravagé Séoul la veille, et pire encore, qu’il existe une connexion entre elle et lui…

Il en va des films de monstres géants (« Kaiju movies ») comme des films mettant en scène des requins : quasiment toutes les idées y sont passées, du simple dinosaure, à la moins évidente fourmi, en passant par les bestioles les plus informes. La plupart sont tombées dans l’oubli, ne laissant finalement que deux vétérans : King Kong, qui grimpe au sommet du Chrysler Building depuis 1933, et Godzilla, ravageur de métropoles depuis 1954. Héros de suites et de remakes plus ou moins heureux, ils semblent avoir repris du poil de la bête et se vantent d’emplois du temps surchargés, entre le Godzilla de Gareth Edwards (2014), le Kong – Skull Island de Jordan Vogt-Roberts (2017), et la future rencontre entre les deux prévue pour 2020. Mais nous ne sommes plus dans les années 50, où l’on pouvait espérer que le doux rayonnement des radiations suffise à faire de simples fourmis des monstres à même de dévorer des villes entières. Le monstre géant est de plus en plus compliqué à exploiter… à moins de parvenir à l’utiliser autrement qu’en catastrophe s’abattant sur le monde. Nacho Vigalondo y est parvenu. Avec Colossal, celui qui avait tenté de réunir cinéma et monde digital avec Open Windows nous offre un surprenant mash-up de film indépendant et de blockbuster.

Colossal n’est pas exempt de défauts, loin de là, à commencer par l’accumulation presque pathologique des thèmes de prédilection inhérent à tout film voulant prétendre à la programmation du festival de Sundance. Gloria subit nombre de déboires : tour à tour larguée, mise au chômage, elle se débat en plus avec un problème d’alcool et un traumatisme d’enfance à régler. Ne lui manque certainement que l’inceste. N’en jetez plus. D’autant que cet étalage de tares ne sert que de justification facile. Sans job et sans petit-ami, elle n’a pas d’autre choix que de retourner à la case départ, quant à l’alcool, il n’est que prétexte à accentuer le côté largué du personnage, avec un certain succès drolatique dû au talent d’Anne Hathaway. La parenté « indé » de Colossal se cache plus dans son budget qu’on devine bien loin des rouleaux-compresseurs que dans ses thématiques traitées de manière finalement très classique.

Ne reste finalement que le cœur du film, les proportions titanesques prises par un traumatisme infantile et la relation malsaine nouée depuis lors entre Gloria et Oscar. De sauveur providentiel, Oscar se mut vite en tyran. Car contrairement à Gloria, Oscar n’a jamais quitté sa ville natale, y mène une vie sans relief bien loin de ses aspirations et ne peut qu’accueillir à bras ouverts un événement dont elle semble être l’épicentre. Alors que Gloria voit les apparitions du monstre comme une catastrophe, Oscar y voit surtout une manière de se venger de ses propres échecs et reprendre le contrôle sur une vie qui lui échappe. Vigalondo colle à son sujet et va au bout des choses, même si on pourrait lui reprocher de pécher par excès et par zèle, avec une conclusion aussi attendue qu’expéditive qui laisse finalement Gloria (et le spectateur) guère plus avancée.

Original, drôle et touchant à la fois, Colossal n’en reste pas moins une intéressante expérience cinématographique, de par son traitement d’abord (on aura jamais aussi bien défini l’expression « Faire des montagnes de peu de choses ») et par son mode de distribution ensuite (uniquement en VOD). Il est peut-être dommage qu’un film de ce genre s’interdise une sortie en salle, tant pour les exploitants que pour les amateurs, mais quand on prend en compte le coût que peut avoir une distribution cinéma, il est évident que la VOD représente une manne dont peu de créateurs peuvent se passer dès lors qu’ils souhaitent accomplir au mieux.

Un article de GBP

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