Dunkerque (2017)

Un film de Christopher Nolan

avec Kenneth Brannagh, Tom Hardy

Distribué par Warner Bros.

Sorti le 19 Juillet 2017

A peine dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, le cinéma (américain entre autre) s’est saisi du sujet pour le raconter sous tout ses aspects. Des films qui traitent de grandes batailles (Le Jour le plus long, Pearl Harbour) aux histoires de camps ( La Grande évasion, La vie est belle) en passant par des comédies (La Grande Vadrouille, Le dictateur), la période semblait avoir été essorée et on pensait la connaître par cœur. Mais au cinéma, probablement pour des besoins de happy end, on traite surtout de victoires militaires. Les défaites sont plus rares. Elles ont pourtant une intensité dramatique indéniable. Christopher Nolan l’a bien compris et s’attaque à une débâcle méconnue de l’armée anglaise à Dunkerque en 1940, déjà au cœur d’un film de Leslie Norman en 1958. Il se confronte pour la première fois à un événement historique qu’il doit, en bon artiste, traverser de ses thèmes de prédilection et son sens de la narration qui ont fait son succès.

Dunkerque est un film sensitif. Plutôt que de raconter une histoire avec des personnages développés aux buts définis, Nolan opte pour l’immersion du spectateur dans la bataille. Son dispositif entier tend à développer cette expérience. Le réalisateur déploie son histoire en trois fronts aux temporalités propres : la jetée (1 semaine), la mer (1 jour) et les airs (1 heure). On reconnaît là sa propension à jouer avec l’espace-temps au cinéma qu’il développe dès son premier film, Memento. Bien que la durée des événements racontés ne soient pas la même, il les mélange dans un puzzle savamment étudié pour offrir au film un rythme cohérent et uniforme.

Le spectateur a l’impression que tout est synchronisé parce que les personnages ne voient pas le temps passer. Leur désir de survie est tellement frénétique que leur notion du temps est altérée. De fait, le montage varie la coexistence des lignes temporelles : elles se longent, se croisent, parfois se devancent. Nolan crée régulièrement des analogies entre les images et les situations pour faire des transitions naturelles. Ainsi, quand un avion coule après avoir été abattu, il est mis en parallèle d’un bateau qui prend l’eau de toutes parts. Tout ceci participe à une tension palpable qui traverse l’intégralité du long métrage.

L’immersion du spectateur est renforcée par un procédé de réalisation assez classique mais qui a fait ses preuves : la caméra est toujours à hauteur d’homme. Steven Spielberg l’avait utilisé avec une steadycam (caméra à l’épaule) pour la séquence du débarquement dans Il Faut sauver le soldat Ryan. Mais ce n’était que 20 minutes (grandioses !) dans un film de plus de deux heures. Nolan l’applique en entier à son travail et le résultat est une vision gigantesque des choses. Chaque distance parcourue, chaque bateau, etc : tout est immense et l’Homme ne semble pas de taille face à de tels géants. Le souci du réalisateur à faire appel le moins souvent possible à des effets numériques rempli son office encore une fois : tout est démesuré mais tangible, à la différence du résultat obtenu par Michael Bay dans Transformers avec pourtant les mêmes ambitions.

Ne cherchez pas dans ce film un quelconque discours ou une représentation du monde tel que Nolan le voit. C’est une pure expérience cinématographique visuelle et sensitive qu’il nous offre à l’image de ce qu’était Gravity pour la science-fiction. Il nous rappelle que le cinéma est avant tout une œuvre et que faire un blockbuster estival n’est pas incompatible avec un geste artistique. Si nous étions restés hermétiques à Interstellar et son statut usurpé de classique instantané, force est de constater que Christopher Nolan est un vrai réalisateur avec une vision de son art qui transcende ici le film de guerre. Immanquable !

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