Une femme fantastique (2017)

Un film de Sebastiàn Lelio

Avec Daniela Vega, Francisco Reyes

Sortie le 12 Juillet 2017

On ne traite pas assez souvent ici de cinéma chilien. Il faut dire que les distributeurs français ne se bousculent pas pour nous en offrir. C’est dommage tant ses codes sont emprunts d’un charme particulier. Il peut rappeler le cinéma espagnol mais possède une poésie propre indéfinissable. C’est donc avec envie que nous avons abordé Une Femme fantastique de Sébastiàn Lelio, sorti en salle le 12 Juillet 2017 grâce à Ad Vitam.

Orlando et Marina, de 20 ans sa cadette, vivent une belle histoire d’amour jusqu’à la mort soudaine de celui-ci. Marina va se retrouver face à la famille d’Orlando qui ne veut pas d’une femme comme elle. Son tort ? Être transexuelle et détonner dans le décor. Elle va alors se confronter à eux pour réclamer son droit au deuil et revendiquer qu’elle est une femme fantastique.

Ours d’argent du meilleur scénario au festival de Berlin 2017, ce film ne pouvait pas mieux tomber à l’heure où la question des genres est devenue centrale dans notre monde actuel. La transphobie est plus que jamais présente et les questions qui s’y rattachent sont vives. Interprétée par une actrice transexuelle, Marina est la catalyseuse des haines et de l’incompréhension de la société qui la considère comme une « chimère ». Le questionnement sur son état d’homme ou de femme est récurrent jusqu’à une scène où la police l’oblige à donner une réponse malgré elle en se déshabillant totalement. Ils satisfont là leur curiosité par un plaisir malsain et voyeuriste. Le réalisateur apporte la réponse qui convient au personnage par une scène visible dans la bande-annonce. Nue, Marina regarde son entrejambe sur lequel est posé un miroir. Elle n’est ni homme ni femme, elle n’est qu’elle même.

Au delà d’une réflexion sur la condition des transexuelles, Sebastiàn Lelio narre également le récit d’un deuil qu’on refuse à quelqu’un et de la lente descente aux enfers pour le conquérir. En ceci, le film rappelle volontairement la légende d’Orphée allant chercher son Eurydice jusqu’au enfers. Tous les lieux que visitent Marina se trouvent en sous-sol (boite de nuit, restaurant, sauna). Elle y croise d’ailleurs régulièrement le fantôme d’Orlando qui l’obsède. Mais le réalisateur reste bienveillant avec son personnage principal à qui il offre une remontée « fantastique » après être descendu profondément.

Une femme fantastique est une expérience cinématographique comme on aime en vivre : pertinent, profond, magnifiquement filmée. Si l’emballage est assez classique et le tout manque de rythme, cela reste tout de même un film à voir pour son propos qui rappelle la violence psychologique dont sont encore victimes certaines personnes parce qu’on leur reproche de ne pas être ce qu’on voudrait qu’elles soient.

Un article de Florian Vallaud

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