Okja (2017)

Un film de Bong Joon-Ho

Avec Jake Gyllenhaal, Tilda Swinton, etc

Depuis le 28 Juin 2017 sur  Netflix

Depuis son arrivée en France, le géant américain du streaming Netflix dérange. En tout cas, il fait parler. Les polémiques s’enchaînent et ce nouveau système de consommation culturelle remet en question les schémas traditionnels. La dernière polémique date du festival de Cannes avec la présentation du nouveau film de Bong Joon-Ho intégralement produit par – et pour – Netflix. Immédiatement, les boucliers se lèvent. Pourquoi proposer en compétition un film qui ne sera pas présenté en salles mais uniquement disponible en streaming sur la plateforme ? N’est-ce pas antinomique avec ce qu’est l’expérience cinématographique ? Une nouvelle tentative de diffusion sur grand écran a été entreprise par le magazine SoFilm lors de son festival parisien, mais le Max Linder Panorama et le Forum des Images se sont désengagés au dernier moment. Un exploitant de salles indépendantes avait appelé au boycott et ils ont suivi. Seul le cinéma Mélies à Montreuil a maintenu sa séance du 28 Juin. Qu’est ce qui se cache derrière toute ces polémiques ? Quelles sont les questions que cela soulève ?

Ce n’est pas un problème qualitatif car, forcé de l’admettre, le film est bon. Ce n’est pas forcément le chef d’œuvre annoncé, mais Bong Joon-Ho maîtrise son œuvre de bout en bout. L’histoire d’amitié entre cette petite fille et ce cochon, génétiquement créé par une multinationale pour être plus gros et plus savoureux que les autres, est émouvante. Si nous pouvons lui reprocher de tirer sur la corde du sentimentalisme pour user les glandes lacrimales des spectateurs, il n’est pas le premier à le faire. De plus, cela ne remet pas en question ses qualités de réalisateur qui offre des images exceptionnelles et de très belles scènes d’action au rythme effréné. Le thème assez classique du capitalisme tout puissant qui broie les être au nom de la consommation est bien traité même s’il est associé à un discours pro-vegan qui frôle le prosélytisme. Cependant Okja est un beau film à ne pas manquer.

Mais il est rattrapé par des enjeux qui le dépassent. Netflix a des impératifs financiers dans cette affaire. Le film leur a coûté cher et ils doivent en faire un succès retentissant pour se renflouer. Il est vrai que le potentiel de spectateurs auraient été plus grand en salles mais des problèmes se posent à eux. Ils ont des abonnés qui payent aux alentours de 10 euros par mois pour du contenu exclusif. Vu la législation en France, si le film était sorti dans les cinémas, Netflix aurait dû attendre trois ans avant de pouvoir le mettre sur sa plateforme. Beaucoup trop long selon son PDG. De plus, ils auraient fait face à un ennemi bien plus redoutable pour leur économie : le téléchargement illégal. On le sait, de nombreuses personnes préfèrent avoir accès gratuitement à un film quitte à mettre de côté l’expérience cinématographique et la qualité. C’est non seulement dommageable à l’œuvre du réalisateur qui la conçoit pour être vue dans certaines conditions, mais c’est aussi un manque à gagner énorme pour les producteurs et les créateurs. La solution à toutes ces problématiques a donc été de mettre en ligne le film à destination du public qui fait vivre la plateforme.

D’un autre côté, la grogne des professionnels du cinéma et des exploitants indépendants est compréhensible. Leur perte est colossale. Un film avec un tel potentiel aurait été un moyen de faire vivre les salles. Les grosses entreprises comme UGC ou Gaumont/Pathé n’en ont rien à faire. On ne les entend pas sur ce sujet et c’est normal. Ils ont suffisamment d’autres films pour que leurs cinémas tournent à plein régime. Mais les salles d’art et d’essai sont à la peine face à ces multiplexes et auraient bien eu besoin d’une telle locomotive. D’autre part, ils sont défenseurs d’une idée du cinéma comme art et non comme un objet de consommation. Dès lors, le film d’un auteur tel que Bong Joon-Ho doit se voir en priorité dans les conditions de l’art cinématographique : sur un grand écran, dans une salle noire et d’un seul bloc.

La polémique autour de Okja ne concerne, à aucun moment, le film en lui-même. Il a d’ailleurs été applaudi après sa diffusion à Cannes. Le vrai souci est qu’il est l’épicentre d’un changement de l’industrie cinématographique telle qu’on la connaît. Il modifie les modes de consommation du cinéma et provoque un questionnement de fond sur ce que doit être la politique culturelle à mener dans ce domaine pour les prochaines années. Netflix n’a pas forcément raison dans sa démarche, mais le coup de pied dans la fourmilière est bien réel. Il faudra surveiller de près ce qui va se passer dans les prochains mois et voir s’il n’a été qu’un pavé dans la mare ou le début d’une vraie mutation qui serait dommageable à la vision du cinéma comme art.

Un article de Florian Vallaud

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