Les Serviteurs du mal (2017)

Un livre de Pierre Lunel

Catégorie : document / histoire

Paru chez First Editions

Le crime fascine. Il n’y a qu’à voir l’engouement autour des émissions de faits divers ou des séries policières pour s’en persuader. Les criminels réveillent chez l’être humain ce qu’il faut d’animalité et de voyeurisme. Ils répondent à une angoisse primale, celle de tuer ou d’être tué. Il y a aussi une dose de mystère et d’énigme. Quelles sont leurs motivations ? Comment ont-ils été démasqués ? On aime frémir avec toutes ces composantes. C’est horrible, mais c’est hélas une réalité. Il semble donc normal que, des années après les faits, certains d’entre eux entrent dans l’histoire comme autant d’exemples des atrocités que l’Homme peut commettre. L’universitaire Pierre Lunel publie aux édtions First ce qu’il sous-titre comme « la saga du crime au XXème siècle » : Les Serviteurs du mal. Voilà qui devrait satisfaire notre appétit.

Le livre est découpé en quatre grandes parties réunissant une sorte de top 10 de ce que l’auteur considère comme les grandes affaires criminelles du siècle dernier. Ou plutôt, les dix «personnalités » qui seraient les plus complexes et intéressantes à traiter. Ils sont tous là : Raspoutine, Charles Manson, Jim Jones, etc. En ceci, le projet est parfaitement tenu. Chacun des cas est un marqueur de son époque et le sordide est au rendez-vous. L’auteur narre les événements avec un style agréable et une novélisation des faits qui en fait un vrai « page-turner ». C’est justement ce point qui pose le vrai problème de cet ouvrage.

A trop vouloir donner une allure de roman pour procurer un rythme qui diffère des livres universitaires habituels, Pierre Lunel marche sur un fil dangereux. Son livre balance constamment entre le document historique (dont il se réclame) et les livres de Pierre Bellemare. Il se place même parfois du point de vue des victimes, exprime leurs sentiments. Soit il possède des sources lui permettant d’affirmer ce qu’il raconte et il serait bien de les citer ; soit il imagine tout ceci et rien ne nous garantit que les autres éléments sont véridiques. La question de l’absence totale de sources, voire de bibliographie, pose davantage de problème quand l’auteur évoque (sans les remettre en question) des théories alternatives. Le cas de Charles Manson est un des plus parlant puisqu’il propose, ni plus ni moins, une théorie du complot. Manson aurait été le bouc émissaire de forces plus hautes que lui visant à voir disparaître le mouvement hippie. Mais il n’y a dans son texte aucune trace de l’endroit où Lunel a pu tirer cette théorie. En règle générale, aucun document officiel n’est cité et un amateur éclairé de faits divers aurait tout aussi bien pu écrire le même livre.

Dans l’ensemble, Les serviteurs du mal est un livre plaisant mais qui ne va pas assez au fond des choses. On aurait aimé explorer davantage la psyché de ces êtres déviants et en apprendre plus que ce que l’auteur nous offre. D’autre part, les criminels qu’il a choisi de traiter sont parfois si semblables dans leurs méthodes qu’on aurait aimé plus de variété. Quand on nous promet une « saga du crime », c’est la moindre des choses. Mais le point le plus impardonnable reste surtout le manque de rigueur de l’ensemble. Les imprécisions, les suppositions et les parties romancées détruisent peu à peu la crédibilité du livre. Dommage.

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