La Momie, Film fantastique USA (2017)

Réalisé par Alex Kurtzman

Sortie en salle le 14 Juin 2017

Une princesse égyptienne, rayée de la succession par la descendance de son frère, passe un pacte avec Seth et massacre tous ceux qui la séparent de son accession au trône. Arrêtée avant d’avoir accompli son rituel, elle est momifiée vivante et enterrée au fin fond du désert. Plusieurs milliers d’années plus tard, son tombeau est découvert par hasard par deux chasseurs de trésors. En la déterrant, ils ne se doutent pas de l’horreur qu’ils vont déverser sur le monde.

Disney avec Marvel et Warner avec DC se livrent depuis plus de 6 ans une bataille acharnée à coups de super-héros tout de lycra et de cuir vêtus (avec un net avantage pour Disney, tant par la quantité que la qualité), se partageant un marché de plusieurs centaines de millions de dollars. Il n’en fallait certainement pas plus pour titiller l’imagination d’autres poids-lourds du secteur, à commencer par Universal. Impossible de les concurrencer sur les super-héros cependant. Marvel et DC sont les plus grosses écuries et aucune autre ne dispose d’un univers aussi touffu et populaire. Qu’à cela ne tienne, pourquoi ne pas puiser dans un bestiaire tout aussi populaire mais un peu oublié ? Car fut un temps (lointain maintenant) où Universal régnait en maître incontesté du film de monstres (d’horreur serait exagéré à présent). Dracula, immortalisé par l’inquiétant Bela Lugosi, c’était eux. Le loup-garou, interprété par Lon Chaney Jr, encore eux. Et la Momie, sous les bandelettes de laquelle se cachait l’immense Boris Karloff, toujours eux. Il était temps pour Universal que tout ce beau monde (et d’autres) revienne faire frémir les spectateurs, et sous l’égide du nouveau label Dark Universe, c’est à la Momie d’ouvrir le bal des Monstres (après le faux-départ Dracula Untold en 2014).

85 ans après Karl Freund et 18 ans après Stephen Sommers, c’est donc au tour d’Alex Kurtzman de faire prendre l’air à cette poussiéreuse et inquiétante créature née de l’imagination enflammée par le non moins incroyable engouement pour l’égyptologie qui a gagné l’Occident jusque dans les années 1930. Un engouement qui ne se dément toujours pas, même si les momies et la perspective qu’elles reprennent vie ont fini d’effrayer même les plus sensibles.

Si on ne peut pas en vouloir à Freund d’avoir joué cette carte en 1932 (avec succès, son film est sans conteste un monument du genre), Sommers avait compris qu’il pourrait difficilement obtenir le même résultat avec le public de 1999, d’où la généreuse dose d’humour et le rocambolesque des situations vécues par ses héros. Il apparaît dans cette nouvelle itération qu’Alex Kurtzman l’a aussi compris. Il suffit d’observer le cabotinage de l’inoxydable Tom Cruise pour s’en persuader. On peut en revanche douter de la clairvoyance des studios Universal. Tout à leur joie de mettre en route leur « Dark Universe », ils ont oublié que les bons vieux monstres n’effraient (hélas) plus. Quand Warner se savait pas trop quoi faire avec l’univers DC, Universal s’entête à vouloir rendre à nouveau effrayants ses monstres légendaires.

Avec La Momie, les studios accouchent d’un blockbuster inepte, qui massacre l’Égypte ancienne d’une main en passant à la moulinette le concept de la momie de l’autre. Si on saurait excuser à un film des années 30 de ne pas être exact d’un point de vue historique (Une période où, il faut bien l’admettre, le respect des cultures autres qu’occidentales n’allait pas de soi), ou fermer les yeux sur quelques inexactitudes qui feraient tiquer un égyptologue, ça devient problématique dés lors qu’un collégien saurait remettre en question certaines affirmations portées par le film (Seth, Dieu de la Mort ? Sérieusement ?). On passera également sur le lieu où est enterrée la momie, en plein Irak (très loin des frontières de l’ancien empire égyptien), afin de pouvoir surfer sur l’actualité et mettre en scène une bande de soldats yankees devenant soudainement des mécènes adeptes du sauvetage de trésors archéologiques.

Quant à la momie… Eh bien, une fois le prologue passé, on oublie assez rapidement qu’on a affaire à une momie. Plutôt une sorte de sorcière qui, quand elle n’apparaît pas en contre-jour à moitié nue, passe son temps à brailler et à tenter de séduire Nick Morton (Tom Cruise). Il faut bien admettre que les bandelettes et la démarche raide n’ont rien de sexy. La faute n’est pas à mettre au compte de Sofia Boutella. Au contraire, elle assume son rôle avec toute la sensualité demandée (et on ne lui demande que bien peu de choses en plus). Le personnage d’Ahmanet est juste une belle potiche bien creuse, et on ne cessera de s’interroger de l’intérêt qu’elle avait à faire appel à des forces supérieures pour se faire refiler un couteau et faire le boulot elle-même.

Les autres personnages ne rattrapent pas vraiment le coup, tant ils souffrent d’une présence ténue. Le camarade fantôme de Morton, que lui seul peut voir après qu’il ait subi la malédiction de la momie (Coucou, Le Loup-Garou de Londres !) aurait pu être un moteur, soit d’humour, en apparaissant au pire moment, soit de peur, avec sa mine de déterré. Il n’est finalement qu’un prétexte à quelques scènes inutiles et transparentes. Reste le Dr Jekyll, dont la présence dans ce foutoir relève plus de l’incongruité que de l’intérêt scénaristique. Au mieux doit-on admettre qu’il est beaucoup moins ridicule que son pendant de La Ligue des Gentlemen extraordinaires. Admettons aussi qu’il partait de loin.

La Momie enchaîne tant d’incohérences et de facilités qu’on en oublie le but premier d’un blockbuster de ce genre : nous divertir. Ses effets spéciaux et ses cascades impeccables, et son récit, certes haletant, mais sans relief, ne nous feront pas oublier ses personnages ternes et son manque d’idée. On s’ennuie ferme. En oscillant entre terreur et décontraction, sans parvenir à atteindre l’un ou l’autre, La Momie pose le Dark Universe sur des bases au combien bancales. Charge à L’Homme invisible de rattraper le coup…

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

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