Calais mon amour (2017)

écrit par Béatrice Huret

avec Catherine Siguret

Paru en Mai 2017 aux éditions Kero

La campagne présidentielle étant terminée depuis plusieurs jours, les sujets de société brûlants semblent être retombés comme autant de soufflés qu’on aurait oublié. Ils n’en sont pas moins présents et certains livres nous les remémorent à bon escient. La « crise des migrants » était, il y a encore quelques mois, un sujet incontournable. Les français se déchiraient sur la question de l’accueil de ces populations fuyant la guerre dans leur pays d’origine. Au delà de la simple problématique économique, certains se demandaient si il était « normal » et « légitime » de les héberger sur notre territoire. Ceux-ci quittaient alors le simple domaine politique et matériel pour remettre en question le geste humaniste d’aider des hommes et des femmes dans la détresse.

Dans le même temps, le gouvernement prenait la décision de démanteler un camp de rétention important où logeaient nombre de réfugiés en route vers leur eldorado outre-manche, le Royaume-Uni. Les médias l’évoquaient sous un nom resté dans les mémoires : La Jungle de Calais. Mais malgré beaucoup de reportages qui lui étaient consacrée, cette jungle et ce qui s’y jouait restait jusqu’à alors assez obscurs à nos yeux de spectateurs. C’est alors qu’en ce début Mai 2017, les éditions Kéro éditent le témoignage édifiant d’une bénévole tombée amoureuse d’un migrant iranien : Calais mon amour.

Béatrice Huret, aidée par Catherine Siguret, nous narre son histoire avec simplicité et réalisme. Cette veuve d’un ancien policier sympathisant FN va dépasser ses préjugés et ses peurs pour se découvrir deux passions : l’une pour Mokthar et l’autre pour l’humanitaire. L’histoire d’amour qui réunit deux personnes qui n’auraient jamais dû se croiser est surtout le prétexte à dresser un portrait effrayant de ce que peut être la vie d’un migrant. Ils ne sont pas stigmatisés ni montrés du doigt. L’auteur préfère mettre l’accent sur les conditions inhumaines qui leurs étaient réservées à l’intérieur de la « jungle ». On y découvre un dédale boueux et marécageux de tentes où certains marchent pieds nus. Ce n’est pas nouveau mais le livre fait prendre à ces informations une autre dimension plus évocatrice pour le lecteur. Il en est de même en ce qui concerne les différentes tentatives des migrants pour passer en Angleterre, les commerces dégueulasses qui se créent sur la misère humaine, ou encore les problèmes judiciaires qui peuvent en découler. La forme du témoignage permet d’ajouter une portée émotionnelle qui n’est pas inutile dans ce genre de cas.

L’histoire d’amour imprévue entre Béatrice Huret et Mokhtar apporte une dimension essentielle à notre époque tourmentée. Elle, qui a toujours été bercé dans les préjugés de son milieu social et de son mari militant FN, découvre une vérité fondamentale : il n’y a qu’une seule identité qui compte, celle de l’être humain. Peu importe d’où on vient et où on va, nous sommes égaux. Il y a des gens biens et des pourris de tous les côtés. Cela peut paraître un peu naïf de dérouler un tel discours mais à l’heure où la division semble gagner du terrain, c’est un discours qui fait du bien.

Calais mon amour est un témoignage pertinent et passionnant sur ce qu’à été la « jungle » de Calais mais plus largement sur la manière dont des êtres humains traitent d’autres êtres humains. Incontournable !

Un article de Florian Vallaud

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