Costa Brava (2017)

Un roman de Eric Neuhoff

Publié chez Albin Michel

Au tournant des années 70-80, un genre cinématographique était en vogue en France : le film de vacances. Dit comme cela, on pourrait rétorquer que ce n’est pas nouveau, et que Jacques Tati le pratiquait déjà en 1953 avec Les Vacances de Monsieur Hulot. Il convient donc de préciser le propos car cette comédie burlesque géniale est bien différente de ce que nous allons évoquer. Certains réalisateurs français, avec en tête Michel Lang et Pascal Thomas, vont utiliser les lieux de villégiature comme des décors de vaudeville. Ils vont brosser au cours de leurs films un portrait tendrement moqueur d’une certaine bourgeoisie. On pense à L’Hôtel de la Plage et bien d’autres films avec Daniel Ceccaldi. Ces bulles nostalgiques d’une certaine idée des vacances vont disparaître avec l’arrivée des années 90. Seule Julie Delpy leur rendra un vibrant hommage avec Le Skylab. C’est aujourd’hui vers la littérature qu’il faut se tourner pour y trouver un traitement analogue. Peut être un peu trop d’ailleurs. Le dernier roman d’Eric Neuhoff, Costa Brava, s’inscrit dans cette veine du « c’était mieux avant ». Mais son livre aurait-il pu être mieux avant ?

Le narrateur, probablement Eric Neuhoff lui-même, est en vacances avec ses enfants sur la Costa Brava où il a passé son enfance et sa jeunesse. Mais rien n’est plus comme avant. Le concept même de vacances a changé avec le temps qui passe. Il se remémore alors ces instants comme autant de petites bulles de bonheur qui éclateraient dans sa tête. Le résumé du livre est assez simple à établir et c’est bien le problème. On a toujours peur de trop en dire. Seulement, dans ce roman, le postulat de départ n’évolue guère et c’est sa principale faiblesse. Si les films auxquels il fait penser peignaient un portrait d’un microcosme par le biais de leurs vacances, Eric Neuhoff se contente d’une histoire qui ne va pas plus loin que la simple nostalgie. Il accumule les anecdotes comme autant de clichés vieillis d’un passé qu’il considère comme idyllique. On traverse tout et rien à la fois : les premiers émois, la première relation sexuelle, etc. Mais ce qui nous est conté est tellement particulier et réservé à une frange privilégiée de la population qu’il est difficile d’y trouver un discours universel. Dans les années 70, rares sont les français à pouvoir se payer des vacances en Espagne sur un bateau par exemple.

Le style d’Eric Neuhoff est fluide et agréable mais ne compense pas le manque d’intérêt qui se dégage de l’histoire. Les personnages ne sont pas assez développés pour fasciner et la construction générale perd le lecteur très souvent. Les bonds entre présent et passé sont aléatoires mais pas assez clairs pour qu’on ne s’y égare pas. Ce pourrait être un effet de style intéressant mais trop peu maîtrisé pour qu’il soit pertinent.

On ne peut pas aller jusqu’à dire que la lecture de ce roman est désagréable. Elle est juste anecdotique. L’accumulation de petites pastilles de vacances n’évoque ni une époque, ni un contexte. On pense très rapidement aux soirées diapos que nous imposaient nos oncles et tantes après leur voyage avec le comité d’entreprise. C’est sympathique au début mais ça lasse vite.

Un article de Florian Vallaud

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