Priscilla folle du désert le musical (2017)

Comédie musicale de Stephan Elliott

Mise en scène Philippe Hersen

Avec Laurent Bàn, David Alexis, Jimmy Bourcereau

Au Casino de Paris jusqu’au 9 Juillet 2017

Quand le monde va mal et qu’il a besoin d’être sauvé, seuls quelques êtres peuvent défendre la liberté d’existence et de parole : les Drag-queens. Loin d’être de simples artistes, leur rôle dans l’histoire de la lutte pour l’égalité des droits (des homosexuels entre autres, mais pas seulement) n’est plus à démontrer. Ces personnages au croisement des sexes sont les symboles exacerbés d’une liberté d’expression totale. En 1994, le réalisateur australien Stephan Elliott leur consacre un film en guise d’hommage. L’humour, la folie, la démesure mais également la profondeur et une certaine notion du désespoir sont évoquées par le prisme de trois personnages bien différents. Mitzi, Felicia et Bernadette embarquent à bord d’un bus renommé « Priscilla » pour traverser le bush australien et jouer leur spectacle dans un casino de Alice Springs. Ils vont se heurter aux réactions des différents personnages rencontrés et s’en sortir à leur manière, avec dignité et flamboyance.

Le livret de la version musicale qui nous est présentée depuis Février au Casino de Paris est à peu de choses près le même. Les caractères des personnages sont reconnaissables et l’adaptation est fidèle jusqu’à ses scènes les plus « improbables ». Personnes n’est mis de côté, et chacun suit son propre objectif : Mitzi va à Alice Springs pour satisfaire une demande de sa femme et rencontrer le fils qu’ils ont eu ensemble, Bernadette a besoin d’air et de changement pour se trouver et assumer pleinement sa transsexualité, Felicia veut chanter du Madonna sur un des plus hauts monts australiens. Suivre ses rêves, assumer qui on est et prendre la place d’adulte qui nous est due : ce spectacle ressemble de plus en plus à un voyage initiatique déguisé en comédie.

Pour que le déguisement soit complet et divertissant, la comédie musicale intervient. Ainsi, les scènes sont ponctuées de chansons rythmées et enjouées. Mais plutôt que de créer des morceaux de toutes pièces, la logique du spectacle de drag-queens est respectée en reprenant les plus grands airs disco. L’interprétation est tantôt assumée par trois Divas qui font le playback des personnages principaux, tantôt par les personnages eux-mêmes. Dans tous les cas, chaque numéro musical est un feu d’artifice de couleurs, de folie et de danses dont l’énergie se déverse jusque dans la salle. La troupe assure le show et les Divas sont parfaites en tout point. Saluons le courage du metteur en scène Philippe Hersen d’avoir tenu à garder les chansons dans leur version originale, là où la tentation était grande de les traduire pour que les non-anglophones comprennent. Mais ce sont de grands tubes et l’histoire peut très bien se suivre sans les chansons.

Mais une bonne comédie musicale ne tient pas qu’au chant et à la danse. Il faut de vrais comédiens pour porter les personnages et leur donner de la chair. Laurent Bàn, l’interprète de Mitzi, apporte à son personnage toute sa sensibilité et son expérience de la scène. Jimmy Bourcereau incarne une Felicia toute en folie et en démesure. Il fait briller l’archétype de la « folle » qui est trop souvent réduit à un rôle dont on se moque sur les planches. Mais la palme revient encore une fois au caméléon du théâtre musical français, David Alexis. Nous vous avions déjà vanté ici-même son interprétation hallucinée de Fagin dans Oliver Twist le musical à la salle Gaveau. Il nous avait également étonné avant cela à Mogador dans Le Bal des Vampires. Il parvient tout de même à offrir une nouvelle facette dans le rôle de Bernadette. C’est peut-être le personnage le plus difficile à incarner. Bernadette est une Dame au sens noble du terme. Elle est perpétuellement en retenue et en intérioté dans la vie de tous les jours, tandis qu’elle claironne telle une poissonnière en présentatrice de spectacle. L’équilibre est compliqué et David Alexis s’y promène avec la même aisance qu’il a pour marcher sur des talons. Il offre un des plus beaux moments du spectacle avec une version bouleversante de  « I’ve never been to me ».

Priscilla folle du désert le musical est la dose de bonne humeur, d’énergie et de tolérance dont nous avons besoin en ces temps compliqués. Le public ne s’y trompe pas puisque le spectacle est prolongé à Paris jusqu’au 9 Juillet 2017 et entamera une tournée dans toute la France dès la rentrée. Alors courez prendre votre dose de « fabulous » et vous verrez les choses en un peu plus rose.

Un article de Florian Vallaud

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