Les Animaux fantastiques(2016)

Un film de David Yates

Avec Eddie Redmayne, Colin Farrell

distribué par Warner

Dans notre article précédent sur la sortie du 8ème tome de Harry Potter (que vous pouvez retrouver ici), nous avions évoqué le plaisir que nous avions eu à retrouver l’univers du petit sorcier et ses personnages que nous avions tant aimé. En revanche, nous ne nous sommes pas posés la question de la possibilité d’étendre son monde en racontant l’histoire d’autres personnages vivant dans le même univers régi par les mêmes règles. Cela nous semblait inutile puisque, rappelons-le, nous considérions que la saga littéraire ne concernait que l’affrontement entre deux nemesis : Harry et Voldemort. JK Rowling et David Yates se sont posé la question à notre place et proposent en salle leur vision d’un univers étendu du monde des sorciers. L’initiative est certainement venue aussi des studios Warner qui rêvaient du retour d’une des sagas qui avait été la plus rentable. Et puisque Disney s’est positionnée sur les univers étendus des deux grandes sagas cinématographique qu’ils possèdent, Marvel et Star Wars, il était judicieux pour eux d’investir dans ces nouveaux marchés. Cela permet à la fois de capitaliser sur une saga dont le succès est avéré et de tenir les spectateurs pendant plusieurs années en leur offrant un nouvel opus régulier. C’est ainsi qu’ils ont fait appel à la créatrice de la saga et au réalisateur qui a eu le plus de succès en dirigeant les derniers opus en date pour relancer une « nouvelle » série de films.

Et puisque c’est dans les vieux pots qu’on fait, parait-il, les meilleures soupes, J.K. Rowling a décidé d’adapter un livre qu’elle avait publié en complément des romans : Fantastic Beasts and where to find Them. Ce livre se présentait comme un dictionnaire à l’usage des élèves de Poudlard signé par un certain Norbert Dragonneau, Newton Scamander en version originale. Il n’y avait plus qu’à trouver l’histoire autour de la constitution de ce dictionnaire.

Le film nous invite donc à New York en 1926 où débarque Nobert Dragonneau avec une valise pleine d’animaux fantastiques. Suite à une méprise, un moldu (appelés les non-maj’ aux États-Unis) se retrouve en possession de la valise et en libère le contenu. Dragonneau va tenter de rétablir la situation tout en étant poursuivi par le département de la justice magique, le MACUSA, pour troubles à l’ordre public qui pourraient révéler l’existence des sorciers au monde des « non-maj’ ». Mais tout ceci se passe sans se douter qu’au dehors une menace bien plus importante rôde, tandis qu’en Europe le mage noir Glindelwald a disparu après avoir fait régner la terreur.

Si le résumé vous semble à la fois tarabiscoté et assez vide, vous avez cerné le principal problème du film. Il n’y a rien à lui reprocher du point de vue de la réalisation. David Yates fait encore une fois un travail qui flatte l’œil et des cadres intéressants. La musique est cependant quasi anecdotique et l’épique, ou la beauté, de certaines scènes passe avant tout par l’image. Les acteurs sont plutôt bons dans leur rôle même on regrette un peu que Redmayne semble avoir le « syndrome Johnny Depp » qui consiste à nous jouer tous ses personnages de la même façon. Parfois on en oublie qu’il joue Norbert Dragonneau et on pense voir Stephen Hawking.

Mais il semblerait que J.K. Rowling soit au scénario ce que Maitre Gims est à la musique : on comprend l’intention, mais ce n’est quand même pas ça du tout. La première heure et demi consiste à poser les bases et les règles du monde des sorciers américains qui diffère sensiblement de celui des anglais. Là où dans Harry Potter semble régner un joyeux n’importe quoi chapeauté par le ministère de la magie, la version américaine nous est présentée comme plus sombre, se rapprochant des univers créés pour Hunger Games. C’est davantage américain et c’est ce qui marche au cinéma en ce moment. Mais pourquoi alors choisir de lier ceci à l’univers de JK Rowling ? Autant créer un nouveau monde avec de nouveaux enjeux. Et ce n’est pas le fait de citer Poudlard, Grindelwald ou Albus Dumbledore qui rend le tout plus homogène et cohérent. Si pendant deux heures on nous présente des sorciers et des animaux fantastiques, la magie est hélas absente du film tant il a été uniformisé avec le reste de la production cinématographique pour adolescents américains. Nous signalions déjà cette tournure dans notre précédent article sur Harry Potter et l’enfant maudit, mais il semble que ce n’était qu’une étape et que Rowling ait maintenant opéré cette uniformisation qui est probablement plus intéressante économiquement mais cède la place à un univers appauvri. L’un des exemples le plus parlant est cette migration de « moldus » à « non-maj’ », d’une appellation poétiquement loufoque à quelque chose de banale. Quant au traitement des personnages, il est quasi nul puisqu’en deux heures, nous apprenons rien de l’identité du personnage principal hormis sa quête et qu’il est anglais. C’est tout de même un peu limité pour espérer s’y accrocher.

Vous l’aurez compris, Les Animaux Fantastiques est une déception au niveau de son histoire bien qu’il soit très bien réalisé. Alors que David Yates était remonté dans notre estime avec son beau Tarzan sorti cette année, il semblerait que ce ne soit qu’un cas isolé. La coquille est sublime mais désespérément vide et laisse le spectateur sur sa faim.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s