Vaïana, La Légende du bout du monde, Film d’animation USA (2016)Réalisé par John Musker et Ron Clements

Sortie en salle 30 Novembre 2016

Il y a bien longtemps, Maui, le grand héros des hommes et demi-dieu de l’eau et du vent, vola le cœur de Té Fiti, la déesse de la vie. Se faisant, il libère sur le monde les ténèbres et les monstres. Sur l’île de Motonui, Vaiana, fille de chef de son état, ne rêve que d’une chose : voyager sur l’océan, mais son père refuse même qu’elle s’approche des vagues. Alors qu’elle exerce à contrecœur ses fonctions, les ténèbres commencent à envahir Motonui, forçant Vaiana à accomplir la légende contée par sa grand-mère : Retrouver Maui, lui faire traverser l’océan et remettre le cœur de Té Fiti à sa place.

Après le très chouette Zootopie au sortir de l’hiver, le très attendu Rogue One – A Star Wars Story (chroniqué sur notre site), Disney achève d’occuper le terrain du 7ème Art avec Vaiana, La Légende du bout du monde. 2016 aura été une année faste pour Disney, d’autant que leur studio s’était fait relativement discret sur le terrain de l’animation depuis Noël 2013 et le raz-de-marée La Reine des Neiges. L’entreprise n’aura certes pas chômé en distribuant le sublime, mais médiocre, Voyage d’Arlo, sorti en frontal avec le rouleau compresseur Star Wars VII. Mais relativisons, même s’il date de presque 3 ans, l’hymne braillard de la Reine des Neiges continue de glacer les sangs et de vriller les tympans de toute une génération de parents. Et si Anna et Elsa continuent de vivre dans le cœur des petits comme des grands, il était cependant temps de passer à autre chose.

Depuis quelques temps, Disney s’est lancé dans une grande entreprise de dépoussiérage de son image, et plus particulièrement de celle de la « Princesse Disney ». Alors que ses références se situaient dans l’imaginaire de chacun plutôt du côté des Blanche Neige, qui doit se réjouir de faire la bouffe et le ménage pour une bande de mecs crasseux et insouciants, et des Belle au Bois Dormant, princesse un peu cruche n’ayant finalement aucune prise sur sa destinée, Disney avait légèrement raté le coche de l’émancipation féminine. Avec l’explosive Raiponce sortie en 2010, les studios Disney donnaient un coup de pied dans leur propre fourmilière avec cette princesse solide, capable de contraindre son « prince » et de cogner ses adversaires (certes à coups de poêle à frire), ouvrant la voie à toute une série de princesses aux caractères bien trempés, Tiana, Mérida (plein de noms en « a »), le paroxysme de cette force semblant avoir été atteint par Elsa. Jusqu’à Vaiana…

Comme un air de déjà vu

Après avoir exploré (légèrement) les contes nordiques avec La Reine des Neiges et Rebelle, les studios Disney ont carrément changé d’hémisphère pour chercher leur inspiration dans les légendes et mystères venus d’Océanie. En s’intéressant à la fin de l’ère exploratrice des peuples polynésiens et à leurs mythes fondateurs, John Muskers et Ron Clements nous entraînent dans l’aventure peut-être la plus ambitieuse sortie des ateliers Disney, en ceci qu’elle plonge ses racines dans quelques-uns de leurs meilleurs classiques.

L’énergique Vaiana tient sa fougue certainement autant de Tiana pour son côté volontaire que d’Ariel pour sa curiosité. Alors que son peuple craint plus que tout de s’aventurer au delà de l’atoll, elle ne rêve que de parcourir l’océan. Telle Mérida, Vaiana préférerait décider de sa destinée, mais contrairement à elle, se plie dès le départ à ses responsabilités, oubliant même sa volonté de s’aventurer sur l’océan. En posant leur intrigue en Polynésie et en se penchant sur les raisons pour lesquelles les premières populations ont cessé d’explorer le pacifique, les auteurs offrent à Vaiana une quête d’identité autant que de sauvegarde. Cette dernière repose moins sur une démarche de rébellion que de nécessité. Elle découvrira d’ailleurs dès le départ que l’océan a beau être un ami précieux, il n’en est pas moins difficile à appréhender.

Parlons-en de l’océan. Par la magie d’une animation d’une exemplaire fluidité, cette entité muette, espiègle et sympathique prend vie, devenant un véritable personnage secondaire à part entière qui souffle le chaud et le froid. Tantôt side-kick de Vaiana, la ramenant à bord de son bateau, élément comique, combiné ou non aux facéties d’un poulet hilarant de stupidité, ou à même de simplement faire avancer Vaiana dans sa quête en la gratifiant d’une tempête dantesque, ce personnage ne pourrait pas mieux personnifier l’océan, à la fois imprévisible, et tour à tour bénédiction et malédiction. Il est en fait le premier allié de Vaiana dans son voyage, censé amener la récalcitrante idole déchue de l’autre côté de l’océan.

Maui, demi-dieu de l’eau et du vent, est le grand héros de l’humanité. Du moins l’était-il jusqu’à ce qu’il vole le cœur de Té Fiti pour l’offrir aux hommes et ne disparaisse lors de son combat contre Té Ka, dieu de la terre et du feu. Dépossédé de ses pouvoirs, il a depuis longtemps été oublié. Lorsque Vaiana le retrouve, sa seule obsession est de récupérer son hameçon magique. Avec Maui, Dwayne Johnson tient certainement son meilleur rôle, mix particulièrement savoureux d’Hercule (pour l’apprentissage qu’il fait de la véritable nature d’un héros) et du génie d’Aladdin (pour ses phases de polymorphie déjantées).

On pourrait penser qu’une telle profusion de références pourrait alourdir l’ensemble et pourtant il n’en est rien. Si les inspirations sont légion et évidentes, chaque personnage dispose d’une personnalité propre, et si l’analyse nous pousse à y voir des traits familiers, ça ne ressent pas du tout pendant le film qui nous entraîne dans un tourbillon de péripéties et de gags.

Hiver austral

Se pliant à la grande tradition Disney qui consiste à s’imprégner des ambiances et coller au plus près de leurs sujets, les voyages menés par l’équipe de production en Polynésie n’auront pas été vains. Vaiana tranche largement avec les décors des derniers films du studio. Certes, comparer les décors hivernaux de la Reine des Neiges avec la luxuriance tropicale de Vaiana n’aurait que peu de sens. Néanmoins, au contraire de la jungle très artificielle de Zootopie, et dont le décor sert surtout l’action, les décors de Vaiana respirent l’authenticité. L’île de Motonui affiche sa démesure et sa jungle avec une sereine majesté, et si Elsa sur sa montagne était éclipsée par son grand solo, le sommet de l’île de Vaiana donne toute sa pleine mesure et l’impression d’altitude est particulièrement saisissante.

Les connaissances accumulées par l’équipe en terme de navigation sont également particulièrement impressionnantes. Alors qu’une bonne part de l’aventure se déroule sur les flots, la capacité de Vaiana à naviguer demeure l’indicateur premier du mûrissement de l’héroïne. De princesse maladroite au début, elle prend, à mesure que le film avance, une assurance nouvelle alors qu’elle marche sur les pas de ses ancêtres, saisissant ce destin qu’elle a si longtemps voulu sans vraiment le comprendre. À la différence de Mérida dont la rébellion cherche à renverser un ordre établi, celle de Vaiana tient plus de l’impression que quelque chose cloche, l’instinct que la sédentarité de son peuple n’est pas naturelle. La première a une démarche progressiste quand la seconde prône un retour aux sources.

Si Vaiana est sous-titrée La Légende du bout du monde, le récit n’est pas vraiment une légende. En revanche, la légende de Maui en est une. Elle sert de pivot à tout le récit, sa disparition marquant la fin de l’ère exploratrice polynésienne. Vaiana prolonge la légende en posant cette simple question « Et si Maui réparait finalement son erreur ? ». Une démarche intéressante, suffisamment originale pour être notée.

Pour marquer la succession de La Reine des Neiges, Disney a pris le pari de mettre de côté les mythes nordiques, un pari clairement gagnant. Vaiana suit le chemin tracé par des films comme La Petite sirène ou Aladdin, et on ne peut s’empêcher de voir dans la quête de Vaiana, qui cherche dans le passé des clés pour l’avenir, un condensé des meilleurs films de Musker et Clements. Les références abondent, distillées avec soin au milieu de l’originalité proverbiale de ses auteurs, dans cet hommage onirique à la civilisation polynésienne, à la fois conte initiatique comme seul Disney sait les mettre en scène et parabole écologique désarmante comme seul le bon sens des civilisations premières peuvent en accoucher. S’il ne devait rester qu’un seul film d’animation en cette année 2016, ce serait sans aucun doute Vaiana, La Légende du bout du monde.

Un article de Guillaume Boulanger Pourceaux

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