Les Contes d’Hoffmann, de Jacques Offenbach

Mise en scène Robert Carsen

En Novembre à l’Opéra Bastille

Quand on parle de Jacques Offenbach, il y a souvent deux écoles : le public pour qui il est synonyme d’airs enjoués et du cancan (à son grand désespoir d’ailleurs), et les mélomanes avertis (élitistes au dernier degré) qui méprisent les trois quart de son œuvre et n’en apprécient qu’une. Si nous pourrions disserter des heures sur ce débat, et parvenir à la conclusion qu’il est un des premiers à avoir voulu concilier exigence artistique et succès populaire, c’est surtout de cette œuvre maîtresse que nous allons parler. Malgré un parcours créatif tortueux, Les Contes d’Hoffmann s’est taillé une place dans le panthéon opératique. Malgré l’amputation de son troisième acte, jugé trop long par le directeur de l’opéra comique en 1881, et sa disparition pendant un siècle, cette dernière œuvre de son auteur est montée régulièrement sur toutes les scènes du monde. Fleuron de l’opéra post-romantique français, il est normal que l’Opéra de Paris le propose régulièrement à ses spectateurs. C’est chose faite en ce mois de Novembre 2016 à l’Opéra Bastille dans une mise en scène, dite de répertoire, signée Robert Carsen et dirigée encore une fois par Philippe Jordan. Pourquoi faut-il découvrir, redécouvrir, cette version ?

La mise en scène, à l’instar de la réalisation au cinéma, est un art de la narration. Il faut raconter au spectateur une histoire écrite par un tiers et la rendre compréhensible. En ce sens, Robert Carsen est un magnifique narrateur. Par une mise en scène immédiatement appréhendable, il nous convie à suivre les trois échecs amoureux que le poète Hoffmann relate aux clients d’une taverne. Ceux-ci auraient été provoqués par la même figure diabolique prenant aujourd’hui les traits du conseiller Lindorf. Olympia la poupée mécanique, Antonia la chanteuse vouée à mourir si elle pratique son art, Giuletta la courtisane traîtresse : autant de figures féminines symboliques utilisées par le diable pour nuire au poète.

Mettre en scène, c’est aussi interpréter une œuvre. De surcroît quand l’auteur n’est plus là pour en donner les clés. C’est ainsi qu’aucune version n’est semblable à une autre. Chacun y voit ce qu’il veut. Carsen y traite les thèmes les plus évidents de l’oeuvre : l’amour qui aveugle, consume et prive de son âme ; la mort qui accompagne sans cesse le poète ; toutes les femmes qui pourraient être au fond la même, etc. Mais sa scénographie met en exergue une réflexion sur l’art et l’artiste. Les dispositifs scéniques sont sans cesse utilisés et les mises en abyme sont fréquentes. Dans le prologue, une scène de théâtre traverse le plateau. On y voit Stella, la nouvelle obsession d’Hoffmann, interprétant Don Giovanni de Mozart. L’acte d’Antonia prend place dans la fosse d’orchestre d’une salle de spectacle dont on voit la scène. Quant à l’acte III, la célèbre barcarolle est interprétée sur des fauteuils rouges. Si la référence est moins évidente dans l’acte d’Olympia, voyez la disposition du chœur autour de la soprano lors de son moment de bravoure, « Les oiseaux dans la charmille ». Comme si tout n’était que théâtre et que le poète faisait face à son art qui est tour à tour factice ( Olympia ), voué à disparaître ( Antonia) et qui fait perdre son âme (Giuletta).

Cette mise en scène est aussi réjouissante qu’intelligente et il serait dommage de passer à côté. Rappelons qu’à l’opéra il y a des places à tous les prix (10 euros, une heure avant la représentation). Et pour ceux qui ne pourraient pas se déplacer ou n’auraient pu trouver une place, les cinémas UGC le diffusent en direct le Mardi 15 Novembre 2016 à 19h30.

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