Mademoiselle (2016)

un film de Park Chan-Wook

drame, thriller, érotique

avec Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri, Jung-Woo Ha

Les États-Unis ont David Fincher, la Corée du Sud a Park Chan-Wook. Si les similitudes entre les deux artistes ne vous sautent pas immédiatement aux yeux, c’est qu’il faut davantage vous pencher sur l’approche cinématographique des deux, et avant tout leur conception du thriller sur grand écran. En plus d’une esthétique qui enjôle le spectateur, les deux mènent la narration avec une maîtrise de la mise en scène de bout en bout. Ils transcendent leur art quand il leur vient l’idée d’adapter une histoire pré-existante. Pour Fincher, c’était Gone Girl. Pour Park Chan-Wook, c’est le magistral Mademoiselle sorti en salle ce 2 Novembre 2016. La qualité est à tous les niveaux et c’est à ne pas comprendre comment il a pu repartir de Cannes sans un prix.

Adapté d’un roman de la galloise Sarah Waters paru en 2002, Chan-Wook transpose son histoire dans les années 30 en Corée alors occupée par les japonais plutôt que de conserver l’angleterre victorienne du roman. Sook-Hee, jeune voleuse d’un groupe de receleurs, est amenée à changer d’identité et entrer au service de Hideko, riche demoiselle qui vit avec son oncle. Celui-ci la forme d’une bien étrange manière depuis son enfance et espère bien l’épouser. Mais Sook-Hee a été placé par un soi-disant Comte qui vise l’héritage de la demoiselle et compte bien utiliser la servante comme complice. Un rapprochement imprévisible entre les deux jeunes femmes va changer la donne alors que le piège se referme sur les personnages…ou sur les spectateurs.

Pour que cette histoire de machination et de faux semblants fonctionne, Chan-Wook utilise tous les éléments en son contrôle. Le scénario se joue des spectateurs en l’amenant à déduire certaines choses qu’il croit maîtriser pour ensuite leur montrer sous un nouveau jour. Le film est découpé en trois grands actes qui se suivent, s’enrichissent, se mélangent ou se contredisent. A l’image d’un roman policier, le scénario nous ébranle dans nos certitudes et nous assène de grosses révélations pour nous tenir en haleine. La réalisation sert cette écriture complexe en la rendant fluide et aisée à suivre. Mais elle joue aussi sur ce qui est visible ou non. Il y a parfois des éléments dans l’image qu’on ne remarque qu’après coup. C’est la force d’un bon conteur et c’est essentiel pour un thriller.

Au delà de la machination, la sexualité est un des moteurs du film. Pour être plus juste, il s’agit de la sexualité comme un interdit qu’on brave. C’est probablement une des raisons qui a poussé le réalisateur à situer son histoire dans la Corée des années 30. Tout devient plus sulfureux, plus interdit. A notre époque, les événements seraient anecdotiques. L’oncle de la demoiselle possède une collection de livres érotiques évoquant le sado-masochisme, ce qui est déviant pour l’époque. La relation entre les deux femmes n’en est pas moins interdite et c’est ce goût de transgression qui donne au film ses scènes les plus belles et les plus sensuelles. Du simple effleurement aux étapes supérieures, tout est filmé avec retenue et souci de l’esthétique qui rendent ces instants d’une beauté terrassante. La caméra est l’image des personnages : très timide au départ puis elle prend de l’assurance jusqu’à les suivre dans leurs égarements. Le sexe est tout d’abord outil de la machination, pervers pour finir par être libérateur.

Mademoiselle est un plaisir de tous les instants et comble le spectateur sur tous les tableaux : thriller, réalisation, jeu d’acteurs. Il se pose comme un des plus beaux films de cette fin d’année 2016 et totalement inratable.

Un article de Florian Vallaud

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