Ma Vie de Courgette (2016), film d’animation franco-suisse

Réalisé par Claude Barras

Sortie en salles le 19 octobre 2016

Le jeune Icare, ou plutôt Courgette comme le surnomme sa mère, se retrouve orphelin par accident. Conduit dans un foyer, il est plongé au sein d’un groupe d’enfants aussi abîmés que lui. C’est alors qu’apparaît Camille, jeune fille au lourd secret et à la forte personnalité. À son contact, Courgette reprend goût à la vie, retrouve espoir et se prend même à rêver de lendemains meilleurs.

Travail d’orfèvres

Ma Vie de Courgette est incontestablement le film d’animation le plus intéressant de cette Toussaint 2016 de par son sujet, traité avec un indéniable doigté, ou son style graphique porté par une esthétique clairement inspirée de Tim Burton. S’il n’a pas le clinquant des médiocres Trolls, Ma Vie de Courgette compense largement l’écart par son animation en stop-motion, certes parfois un peu saccadée sur les mouvements rapides, et la minutie apportée à ses personnages. Empruntant comme les studios Aardman l’animation à base de pâte à modeler, Claude Barras a su leur apporter des suppléments de texture plein de charme, par l’ajout de vêtements en tissu par exemple. Le résultat est on ne peut plus convaincant. Les deux ans de travail demandés par la création de ce film n’auront pas été vains, le résultat étant particulièrement vivant. Des décors soignés, leur vide apparent habillant finalement les perspectives en berne de ces enfants. Nous ne sommes clairement pas là pour nous extasier sur la beauté de l’objet. Il se dégage alors des personnages une immédiate personnalité et de leurs expressions une véritable empathie.

Galerie de portraits

Malgré tout ce que peuvent exprimer ces visages cernés, couturés, et accablés par la vie, il est regrettable de noter que l’écriture ne les sert pas vraiment. Ils ne sont guère plus qu’une énumération de vie brisées et de démonstrations des dégâts provoqués par les errements des adultes. Violence, pédophilie, parents en prison ou refoulés à la frontière, chacun d’entre eux se veut un exemple qui vire au mélodrame un peu vain, et les quelques scénettes qui leurs sont consacrées peinent à leur offrir une profondeur autre que le pathétique absolu de leur situation.

Seul le duo Courgette et Camille se détache nettement de la platitude ambiante, le premier dont le seul lien social se résumait à sa mère et qui découvre, malgré le sort qui semble s’acharner sur lui, que l’espoir est encore permis, et la seconde qui surmonte son traumatisme par une langue acérée. Céline Sciamma nous offre un récit d’enfance certes relativement classique, mais associé à son thème mélancolique et à l’animation de Claude Barras, l’ensemble se révèle captivant de bout en bout, avec l’espoir en l’avenir comme horizon.

En définitive, Ma Vie de Courgette est la bonne surprise de cette période de Toussaint. Aurait-il eu la même portée s’il n’avait pas été un film d’animation ? Le doute est permis. Mais le résultat est là. Certes, le récit de ces enfants assis sur le bas-côté de la vie ne nous sortira pas de la morosité automnale, mais il se révèle comme un exemple éclatant que l’animation peut véhiculer aux enfants autre chose que des gags faciles et amener chez eux une réflexion sur le monde qui les entoure. Et ce n’est pas donné à tous.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

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