Oscar Wilde, l’impertinent absolu

Au Petit Palais à Paris (75)

Jusqu’au 25 Janvier 2017

Oscar Wilde est un de ces artistes dont la popularité a varié au gré des époques et des mentalités. De son vivant, il est passé de l’anonymat à la gloire avant de finir conspué et abandonné de tous. Irlandais de naissance, puis anglais d’adoption, il s’éteignit sans patrie dans un minable appartement parisien. Il y aura laissé jusqu’à son nom pour devenir d’abord le matricule C33, duquel il signa la bouleversante Ballade de la geôle de Reading, puis sous le pseudonyme Sébastien Melmoth avec lequel il finit ses jours. Un destin flamboyant qui le consuma entièrement. La postérité ne lui rendit justice que quelques années plus tard, mais son accusation pour homosexualité ne fut levée qu’il y a quelque mois par le gouvernement britannique, en même temps qu’Alan Turing. Principalement connu pour ses aphorismes, il était grand temps qu’une exposition rappelle le génie de ce représentant du XIXe siècle victorien. Les équipes du Petit Palais à Paris se sont attelés à cette tâche, et la réussite n’est pas forcément au rendez-vous.

L’exposition présente quelques 200 pièces au public, qui vont des objets personnels de l’auteur ( lettres, manuscrits, etc) à des œuvres d’art qu’il a chroniqué dans ses essais ou représentant ses essais. Les intérêts artistiques et historiques sont donc bien présents. On peut rester plusieurs minutes à contempler la perfection du Saint Sebastien de Guido Reni, ou le charme envoûtant de La Nuit et le sommeil de Evelyn Pickering. Le tout est éclairé par les commentaires de l’audioguide disponibles sur une application gratuite. L’émotion nous gagne également lorsque nous nous trouvons face à une petite enveloppe dans laquelle Wilde conservait une mèche de cheveux de sa sœur disparue. A cet égard, les deux premières salles augurent d’une visite riche et passionnante.

Seulement voilà ! L’enthousiasme est de courte durée à l’instar du temps de visite. Car cette exposition aurait mérité plus de place afin de prendre son temps et nous montrer davantage d’œuvres exprimant la complexité du personnage. Le titre met l’accent sur son impertinence mais rien ne vient la souligner. Il est surtout question de l’esthète. Son œuvre n’est représentée que par les manuscrits. On aurait aimé des affiches d’époque ou des programmes de théâtre. Sa tendre relation avec sa femme est tout juste évoquée mais, pire encore, les raisons de son incarcération sont survolées. Sa relation avec Lord Alfred Douglas est réduite à quelques photos alors qu’elle constitue l’essentiel de l’impertinence et de la chute du géant. Peut-être aurait-il mieux valu ajouter une salle expliquant la situation des homosexuels à cette époque, ce qui est la clé de compréhension essentielle à tout ce qui suit.

Si elle est de bonne facture, cette exposition manque d’aspect didactique. Wilde est à la fois le produit et le représentant de son époque. Il se pose en réaction à cette société corsetée et son impertinence en découle. Les commissaires d’exposition semblent avoir considéré que le public visé venait en connaissant le sujet. Le visiteur y perd alors en profondeur tandis que les objets perdent leur relief. Ce qui aurait pu être une exposition importante devient alors secondaire et on se met à en rêver d’une plus complète.

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