Depuis plus de 6 mois maintenant, l’actualité du jeu-vidéo vibre au rythme des rumeurs et annonces concernant le projet NX, mystérieuse nouvelle machine que la R&D de Nintendo concocte dans le plus grand secret (preuve s’il en faut, n’en déplaise aux studios habitués des « leaks involontaires », qu’il est tout à fait possible de garder un projet secret, même à l’ère de la surinformation). En ce 20 octobre, Nintendo a choisi de dévoiler une courte vidéo de présentation (Environ 3,30min) dévoilant la remplaçante de la Wii U, la Nintendo Switch.

L’Adaptabilité comme horizon

La première chose qui frappe avec cette présentation aux allures de publicité pour soda habillée d’un fond sonore rock-folk, c’est que Nintendo reste le roi incontesté de l’innovation, un trône que l’entreprise truste depuis son entrée sur le marché du jeu-vidéo dans les années 80. À l’heure où Sony et les développeurs PC ne jurent que par la Réalité Virtuelle, certes mature mais encore onéreuse, où Microsoft compte sur la Réalité Augmentée pour relancer sa Xbox One, et où le mot d’ordre est d’immerger le joueur au point de le couper du monde, Nintendo prend le contre-pied de la mode en jouant la carte de la convivialité (déjà jouée avec la Wii, avec le succès qu’on lui connaît) et du nomadisme (qui ne les a jamais trahis depuis l’époque des Game & Watch).

En l’état actuel des choses, la Switch n’est autre que l’évolution logique et réussie de la Wii U, gommant ses défauts tout en apportant son lot de fonctionnalités enthousiasmantes. De base, la console se compose de deux modules principaux : Un corps de console doté d’un logement, lequel peut accueillir le nouveau gamepad format tablette. L’ensemble, un simple cube à peine plus gros qu’une Wii, semble être un vrai bijou de design à la Nintendo, discret et sans fioritures.

S’il rappelle celui de la Wii U, le nouveau gamepad made in Nintendo se révèle autrement plus fonctionnel que son aîné. L’un de ces premiers défauts était sa dépendance vis-à-vis de la console elle-même. S’il était certes possible de s’affranchir de l’écran de la télévision, s’éloigner de la console de quelques mètres suffisait à mettre un terme à la partie. À présent, il suffit d’ôter le module de son support pour bénéficier d’une console nomade. L’autre défaut récurrent était sa taille imposante fatigante à l’usage. Défaut corrigé par la conception d’un gamepad modulaire construit autour d’un écran et de deux parties détachables, lesquelles peuvent être utilisées comme manette, combo wiimote-nunchuk, ou comme deux mini-manettes indépendantes afin de jouer à deux. De toute évidence, Nintendo a encore placé l’ergonomie au cœur de la conception de ses consoles, et sa Switch promet une adaptabilité encore jamais vue pour une console.

Une partie débutée dans votre salon peut alors se poursuivre dans le métro, sur l’écran du gamepad. Fatigué de porter cet écran ? Séparez-le de ses modules de commande, posez-le sur un support et la partie continue. L’objectif affiché de Nintendo à grand renforts de références à Skyrim et à Zelda-Breath of the Wild est clair : Avec la Switch, on pourra s’adonner n’importe où et confortablement à des jeux de la qualité d’une console de salon. De quoi peut-être concurrencer les smartphones. Reste encore à transformer l’essai lors du prochain Nintendo Direct en apportant des données techniques.

Une Console encore mystérieuse

Le premier écueil que devra donc éviter Nintendo sera celui de l’autonomie, un détail qui n’aura pas échappé à ses ingénieurs et auquel ils ont certainement trouvé une parade. Depuis la Game Boy, sa section R&D n’a eu de cesse de prouver son expertise en la matière, ses consoles portables ne pouvant pas être prises en défaut sur ce point. De là à concurrencer les smartphones et leurs autonomies encore ridicules en utilisation intensive ? Difficile de répondre. N’oublions pas que le marché du jeu nomade est le premier poste de jeu-vidéo actuel et que les smartphones y sont surreprésentés. Néanmoins, Nintendo, avec ses DS et 3DS, a adopté une stratégie payante et résiste héroïquement, quand bien même la firme était-elle encore seule sur ce créneau avant l’ère d’iOS et d’Android. Seul le format imposant de son écran amovible (de la taille d’une tablette environ) pourrait représenter un handicap face aux smartphones.

Nous passerons vite sur la question du prix, à la fois légitime et inévitable. Les échecs que Nintendo a pu rencontrer au cours de son existence n’ont jamais pu être imputés à un problème de positionnement. De plus, la console n’embarque apparemment aucune technologie susceptible de faire monter les prix à un niveau spectaculaire. Nintendo saura sans doute ajuster son offre en conséquence.

Reste le point de vue technique. La console n’échappe pas l’écueil du gap technologique, avec des performances en retrait par rapport à ses concurrentes PS4 et Xbox One (à plus forte raison depuis l’annonce des modèles Neo et Scorpio). Mais Nintendo a compris depuis la Gamecube que son salut ne passe pas par la participation (vaine de toute manière) à la course à l’armement que se livrent Sony et Microsoft, mais dans l’innovation et l’ergonomie. Et si elle parvient réellement à faire tourner Skyrim (et les textures HD de sa Legendary Edition) et Zelda-Breath of the Wild (qu’on annonce en monde ouvert et sans temps de chargement), la Switch ne devrait pas avoir à rougir face à ses concurrentes, dont la puissance de calcul est appelée de plus en plus à gérer la Réalité Virtuelle plutôt que la montée en gamme des graphismes.

Avec la Switch, Nintendo espère visiblement réitérer l’exploit de la Wii avec une console hyper-modulable, capable de s’adapter aux désirs et aux habitudes de jeu de chacun. En jouant sur le terrain de ses concurrentes de salon autant que sur celui des smartphones. L’objectif est évident, on ratisse large en s’adressant à la fois aux joueurs occasionnels, avec une console polyvalente et simple d’utilisation, et au noyau dur des joueurs, avec des productions triple A (Skyrim et Zelda en tête). Les marchés ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, l’action de Nintendo ayant de nouveau fait des bonds à la perspective de la révélation de cette nouvelle console.

Évidemment, il est encore un peu tôt pour sortir sa carte bleue et précommander la dernière née des consoles Nintendo. Comme toute vidéo promotionnelle, cette annonce n’a pour but que de susciter l’envie. Il sera indispensable à Nintendo de dissiper les zones d’ombres avant de s’emporter. Néanmoins, cette vidéo clôt d’une bien belle manière pas loin d’une année d’interrogations et de rumeurs concernant les plans de la firme kyotoïte.

Un article de Guillaume Boulanger-Pouceaux

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