Harry Potter et l’enfant Maudit (2016 )

Une pièce de Jack Thorne

Sur une idée de JK Rowling

Sortie le 14 Octobre 2016 chez Gallimard Jeunesse

 

JK Rowling l’avait dit à tour d’interviews après la sortie de Harry Potter et les reliques de la mort : ce livre signait la fin des aventures du jeune sorcier qui avait fait sa renommée et, avec lui, de la dizaine d’années de relation passionnée entretenue avec la jeunesse moldue. Les trentenaires que nous sommes avons grandi avec lui. Nous avons partagé ses peurs, ses doutes, ses rires, ses rêves. Bref, il était ce petit garçon qui apprenait à devenir grand dans un monde où tout n’était que menace. Le lien avec les lecteurs n’a jamais été coupé. Les films sortis après la parution des livres permirent de prolonger le plaisir ( même si c’est discutable sur certains points). La sortie prochaine d’un film dérivé de l’univers et l’attente qu’il suscite montre encore une fois la vivacité de ce monde imaginaire dans l’esprit du public. A l’instar de Conan Doyle, Tolkien ou Agatha Christie avant elle, JK Rowling n’a eu d’autre choix que de se replonger dans Harry Potter. Est-ce à cause de la pression du public ou le regret des phénomènes littéraires passés ? Peu importe, elle nous propose une nouvelle aventure sur scène à Londres depuis Juillet 2016 et dont le texte sort en français ce 14 Octobre 2016 chez Gallimard Jeunesse. Reste-t-il des choses à nous raconter ? L’aventure vaut-elle de se ruer sur une exemplaire ? Nous allons démêler tout cela en prenant garde de ne rien révéler des ressorts de l’intrigue.

Harry Potter est devenu père de famille. Son fils, Albus Severus Potter, s’apprête à entrer à Poudlard et le lien qui les unit est très faible. Ils ne se comprennent pas. Albus remet sans cesse en question la légitimité de la notoriété de son père et ses actes durant son long combat contre Voldemort. Être le fils de celui qui a survécu est peut être aussi dur qu’être Harry Potter lui-même. Comme son père avant lui, Albus va se lier d’amitié avec son compagnon de Wagon : Scorpius Malefoy. Les deux vont s’embarquer dans une aventure encore surprenante. Résumé ainsi, on a le sentiment d’être face à une fan-fiction. Et ce n’est pas foncièrement faux. Si JK Rowling a dirigé l’écriture de la pièce, elle s’est fait seconder par deux auteurs de théâtre professionnels. Elle n’a aucune expérience dans le domaine et cet art répond à des règles bien plus strictes que le roman. Certains effets n’y sont pas possibles si on espère pouvoir la représenter. La gestion du temps et des personnages y est également très différente.

C’est peut être cela qui peut dérouter au premier abord. Les romans nous avaient habitués à des décors bien plus vastes. La langue de Rowling faisait se déployer des choses inimaginables dans une économie de mot. La scène d’ouverture de Harry Potter et l’ordre du Phénix avec l’attaque des Détraqueurs sur Little Whinghing reste un exemple du genre. Tout est grand, tout est fort jusqu’à l’ambiance pesante de l’été. Ici, même si l’histoire regorge d’action, les tensions narratives sont resserrées autour de quelques personnages qui réfléchissent à la suite des événements. Ce qui peut se perdre en développement de l’histoire se gagne dans la profondeur des personnages. C’est par le prisme des enfants qu’on redécouvre leurs parents qu’on croyait connaître par cœur. Harry, Ron, Hermione, Ginny, Draco : tous ont grandi et évolué, mais pas forcément changé. Ce sont parmi ces relations et ces tensions pré-existantes que les enfants tentent de se faire une place et d’exister. C’est en revisitant, et en comprenant, qui étaient leurs parents et ce qu’ils ont fait que les enfants vont se construire tout au long de la pièce. En ce sens, cette histoire se pose comme une pièce intéressante qui vient orner le monument Harry Potter. Bien qu’elle ne soit pas essentielle, elle dresse un miroir face à l’œuvre et nous propose quelques nouvelles pistes de lecture pour les nouveaux adultes que nous sommes devenus : Où allons-nous ? Quel futur réservons-nous, à nous et à nos enfants ? Sommes-nous le résultat de nos réussites ou de nos erreurs ?

La réflexion autour de Harry Potter ( le personnage et l’oeuvre ) ne peut se faire qu’au travers d’un ressort ludique entre l’auteur et son public : le fan service. Et si son usage est souvent décrié comme une grosse ficelle pour séduire, ne nous voilons pas la face : c’est aussi ce que nous attendons de la suite de quelque chose que nous avons aimé. A ce titre, Harry Potter et l’enfant maudit remplit pleinement son office. Entre private jokes, scènes emblématiques rejouées devant nos yeux ou apparitions dignes d’un cameo au cinéma, l’intrigue est au service de cette célébration. Ce n’est pas une nouvelle aventure lançant de nouveaux enjeux qui pourraient déboucher sur une suite. C’est un regard rétrospectif sur ce qui a fait le succès de cette saga comme un épisode de Réunion dans une série américaine. Il vaut mieux la connaître sur le bout des doigts pour en profiter au maximum. C’est certainement facile, mais c’est toujours mieux que vouloir sortir une histoire juste pour rallonger la sauce. Harry Potter, c’est l’histoire d’un enfant et de son combat contre le sorcier maléfique qui a tué ses parents. Une fois ceci fait, raconter de nouvelles aventures reviendrait à le sérialiser et cela perdrait de son intérêt.

Ce que nous déplorons surtout, c’est une perte manifeste de la richesse du langage. Là où les romans usaient d’une variété et d’une simplicité du langage britannique qui en quelques mots ouvre des horizons, la pièce s’est simplifiée et américanisé. Comme s’il s’agissait davantage d’une suite des films que des romans, et qu’il fallait mettre dans la bouche des personnages un langage plus simple pour ratisser plus large. Mais dans l’ensemble, Harry Potter et l’enfant maudit est une aventure sympathique. Drôle, profonde, souvent émouvante, elle pourra cependant décevoir quelques fans par son manque de prise de risque et de céder à la facilité pour son dénouement.

Un article de Florian Vallaud

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