Zootopie (2016), film d’animation américain

Réalisé par Byron Howard, Rich Moore et Jared Bush

Sortie en salle le 17 février 2016

Dans le nouveau règne animal, proies et prédateurs ont rejeté l’antique Loi de la Jungle qui voulait que les premières soient le repas des seconds, et la ville de Zootopie est devenue le symbole de cette harmonie en apparence parfaite. Lorsque Judy Hopps, premier lapin fraîchement diplômé d’une école de police, y débarque, elle déchante rapidement. Mal considérée par sa hiérarchie, elle hérite de tâches subalternes bien loin de ses espérances. Mais dans la ville de l’harmonie, les disparitions se multiplient et Judy est finalement mise à contribution. Aidée de Nick Wilde, un renard rusé et volubile, elle découvrira les ramifications d’un complot à même de mettre à bas des siècles d’entente et de confiance.

La vie privée des animaux

Après Le Voyage d’Arlo, impressionnante démonstration technique d’une surprenante vacuité scénaristique, on pouvait légitimement attendre Disney et son Zootopie au tournant. Certes, depuis des semaines, sa bande-annonce augurait du meilleur. Ses paresseux moquant ouvertement l’administration américaine en général, et le DMV (Department of Motor Vehicules) en particulier, sont vite devenus cultes. Néanmoins, juger un film sur le produit marketing qu’est sa bande-annonce est un exercice hasardeux, pour ne pas dire ouvertement casse-gueule. Force est de constater qu’elles ne sont pas toutes à côté de la plaque. Pour dire les choses simplement (mais n’y voyez pas forcément une insulte à votre intelligence), Zootopie est au moins aussi drôle que sa bande-annonce le suggère. Les gags et vannes s’enchaînent à un rythme soutenu, faisant la part belle aux références (Le Parrain en tête de liste) et aux habitudes animales (Les loups incapables de résister à l’envie de hurler à la Lune), le reste venant de la relation inhabituelle qui se noue entre Judy et Nick, tant du point de vue naturel, l’une étant une lapine et l’autre un renard, que sociétal, avec l’antagonisme classique policier/voyou. L’ensemble se révèle à la fois équilibré et élégant, souvent inventif et toujours hilarant.

Alors Zootopie part-il donc pour n’être qu’une petite farce où on l’on vient rire des travers humains au travers des attributs d’une bande d’animaux anthropomorphes ? Il y a un peu de ça, forcément, mais pas que.

Petit précis de tolérance

Zootopie mise évidemment beaucoup sur son humour détonnant, mais ne néglige pas pour autant son scénario, lequel nous dépeint une société tellement proche de la nôtre qu’elle ne peut qu’en être le reflet. Apparemment idéale et harmonieuse dans ses mots, elle l’est en revanche beaucoup moins dans les faits. À Zootopie, chacun peut devenir ce qu’il veut… tant qu’il se conforme à sa condition. Les grands prédateurs tiennent les rênes, et les autres tirent la carriole. Vous êtes un lapin ? Allez planter vos carottes et laissez aux grosses brutes (tigres, ours, buffles, éléphants…) le soin de faire la police. Vous êtes un lion ? Veinard. À vous les postes à responsabilité, voire la mairie. Vous êtes un renard ? Laissez tomber. Personne ne peut faire confiance à un individu aussi sournois. Sous ses dehors de tolérance et d’harmonie, la cité engrange son lot de préjugés et de violence psychologique. Charge en revient aux personnages de dépasser leur propres préjugés et faire éclater au grand jour leurs différences, leurs qualités et leurs forces insoupçonnées.

Mais ne nous laissons pas abuser par l’apparente simplicité de ce cheminement. Simple sans être simpliste, ce buddy-movie à fourrure se révèle dopé aux rebondissements et distille un suspense assez filou pour intéresser les parents, tout en restant parfaitement accessible aux enfants.

La psychose expliquée à ma fille

La dernière partie de Zootopie se montre par ailleurs particulièrement intéressante. Alors que le complot se démêle doucement et que certains animaux sont déclarés représenter un risque pour la majorité, une certaine catégorie de la population se retrouve soudain stigmatisée, rejetée et finalement indigne de toute confiance. À cause de quelques individus, les idéaux de tolérance et d’acceptation de Zootopie commencent à s’effriter. Ça vous rappelle quelque chose ? Ça n’est sans doute pas par hasard, étant donné que nous vivons actuellement une période de psychose, le genre de période dont toute l’Histoire (humaine) est émaillée. La peur des uns se mue alors très vite en haine et en rejet de l’autre, sans qu’aucune des deux parties de n’en connaisse les raisons ni ne comprenne comment Zootopie a pu en arriver là.

Certes, le traitement reste assez superficiel, Zootopie n’oubliant jamais à qui il s’adresse, tout en étant amené avec suffisamment de subtilité et de maîtrise pour susciter l’interrogation chez petits et grands. Là où Vice-Versa pouvait être accusé d’être parfois abscons pour le plus jeune public dans ses analyses du processus cognitif et des bouleversements pré-adolescents, Zootopie frappe avec justesse sur le thème de l’emprise que peut avoir la peur sur les individus. La peur, instinct animal par excellence, nous pousse tous à l’irrationnel, et quoi de mieux que des animaux pour nous rappeler qu’au delà de notre conscience, nous appartenons aussi au genre animal ?

Avec Zootopie, Howard, Moore et Rich ont atteint un équilibre remarquable en terme de gestion du récit, d’humour et de réflexion. Drôle de bout en bout, malin comme un singe, exempt de temps morts et techniquement irréprochable, Zootopie est LE divertissement familial de ce mois de février. Il est en outre servi par un casting français, pas forcément très coté, mais professionellement impliqué. Mention spéciale à Teddy Riner (dont les prestations dans les publicités d’une célèbre marque de voitures française avaient quasiment tout pour flinguer dans l’œuf une potentielle carrière d’acteur), qui se révèle à l’aise et convaincant dans son second rôle. Présent en salle depuis le 17 février, n’hésitez pas à galoper jusqu’à votre cinéma préféré et à devenir la proie de Zootopie.

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