Trepalium (2016), série française.

Créée par Antarès Bassis et Sophie Hiet. Réalisée par Vincent Lannoo.

Première diffusion française le 11 Février 2016 (Arte)

Paru en DVD et Blu-Ray le 3 Février 2016 (Arte Éditions)

Au cours du XXIème siècle, le chômage passe de 15 à 80%. Seule solution trouvée pour mettre fin à l’évidente tension sociale qui en découle : la construction du Mur, qui marquera la séparation entre la ville et la zone. 30 ans plus tard, le système est arrivé en bout de course. Les zonards sont abandonnés à leur sort, tandis que les actifs vivent dans l’angoisse de les rejoindre s’ils venaient à être licenciés. En désespoir de cause, le gouvernement annonce la création de 10.000 « emplois solidaires » imposés aux foyers actifs. Une mesure qui se révèle bien vite moins solidaire qu’intéressée.

L’anticipation comme horizon

Dernière née des productions Arte, Trepalium nous entraîne dans un futur en ruine. Elle n’est pas la première (même si en France l’anticipation et la SF en général sont des genres plutôt boudés), et elle ne sera pas la dernière. Cette fois cependant, la chute de la société n’est due ni à une pénurie de matière première ou une inconséquente escalade guerrière, mais à une crise du chômage laissée hors de contrôle.

Le récit d’anticipation, quel qu’il soit, trouve son origine dans les angoisses de l’époque qui l’a vu naître. De Judge Dredd, qui imaginait une société née des cendres du conflit nucléaire global promis par la Guerre Froide, à la saga Terminator et ses terrifiantes machines issues du boum technologique des années 80-90, en passant par la quadrilogie Mad Max et ses punks déjantés apparus au lendemain du premier choc pétrolier des années 70, tous sont nés du paroxysme des angoisses de leur temps. Trepalium ne fait pas exception, même si elle s’attaque à une angoisse bien moins globale que ses homologues d’outre-Atlantique. Toutefois elle aborde un thème qui trouvera facilement écho en France et dans la plupart des pays du Sud de l’Europe : le travail, et par extension son inverse, le chômage.

Dès le départ, Trepalium affirme sa volonté de ne pas éluder la moindre question de son sujet. L’intrigue passe alternativement de chaque côté du Mur, dressant une galerie de portraits représentatifs d’un monde du travail malade et du désastre social de l’inactivité. Seul bémol, les scénaristes n’ont pas cru bon d’utiliser d’approche novatrice autre que l’anticipation, ni d’ailleurs de la moindre subtilité. De la progression de l’histoire au comportement des personnages, rien n’est véritablement surprenant. Les seules surprises viennent en fait de cette société futuriste aux allures de Germinal, tout simplement parce qu’on ne sait quasiment rien de son organisation hormis le clivage Actifs/Zonards autour duquel tout tourne. Sommes-nous en face d’un modèle de société crédible ? Pas vraiment. Difficile d’imaginer qu’une société aussi peu nuancée puisse fonctionner, même difficilement. Est-ce pour autant un problème ? Pas tant que ça.

Certes, l’ensemble fait très artificiel et nous empêche de nous plonger complètement dans cette dystopie glaçante. Pour autant, la plupart des récits d’anticipation ne sont pas plus crédibles, tout simplement parce qu’ils ne sont que des caricatures, des exagérations. C’est d’autant plus vrai quand ils se basent sur le dévoiement de concepts comme le travail. En dépit de sa racine latine (qui donne son nom à la série, vous l’aurez noté de vous-même), le travail n’est pas le même pour tous. Pour un même travail, certains s’y rendent le sourire aux lèvres alors que d’autres y vont carrément à reculons. Dans Trepalium, tous les actifs sont logés à la même enseigne, à savoir qu’ils préféreraient se jeter sous un train plutôt que de retourner au boulot. Seule la menace de la Zone les pousse à y retourner, quitte à y laisser leur peau, là où les inactifs, eux, se désespèrent de devoir vivre d’aides alimentaires et de magouilles. Finalement, dans ce monde, tout fonctionne mais des dirigeants cyniques aux zonards miséreux, personne n’est heureux.

Anticiper pour mieux dénoncer

Malgré ses intrigues prévisibles et son contexte bancal, Trepalium ne manque pas d’intérêt. Comme toute bonne caricature, elle grossit le trait pour mieux amener son propos. Quand bien même se projette-t-elle dans le futur, elle ne fait jamais qu’exacerber des comportements existant déjà dans le monde du travail actuel. La seule différence ? Dans Trepalium, personne ne se cache. Tout est bon pour obtenir un travail, le conserver et progresser. Vous retrouvez votre manager raide mort dans le hall d’entrée ? Une occasion rêvée pour postuler et tenter de reprendre son poste. Un entretien d’embauche qui tourne en votre défaveur ? Accusez votre adversaire de toxicomanie et raflez la place. Aussi déloyaux et anti-sportifs soient-ils, les comportements les plus abjects sont encouragés pourvu qu’ils vous permettent de grimper dans l’échelle sociale et l’empathie n’est plus qu’un lointain souvenir.

Cynique et irréaliste, pensez-vous ? Sûrement moins qu’on ne le croit.

À l’heure où le marché du travail est plus en tension que jamais, que des quartiers entiers peuvent cumuler près de 50% de chômeurs, est-il vraiment irréaliste d’être prêt à tout pour saisir la moindre opportunité, même à torpiller les espoirs des autres ? Peut-on raisonnablement penser qu’il n’existe plus de discriminations à l’embauche ni de mise au placard et encore moins de licenciements aussi cruels que désinvoltes ? Peut-on nier que le chômage est plus souvent qu’on ne le croit le début d’un naufrage social parfois inéluctable ? C’est là, la force de Trepalium : montrer le pire qui puisse nous arriver si nous continuons sur la voie que nous nous traçons, à savoir un monde où l’humain s’est laissé dépasser par le système qu’il a mis en place, et où même ceux qui l’ont instauré en sont esclaves. Autant dire que les possibilités de réversibilité seraient alors très minces, voire inexistantes.

Trepalium fait partie de ces (trop?) rares incursions françaises dans le domaine de la SF, et rien que pour cette tentative, elle mérite qu’on lui accorde un tant soit peu d’attention. Quand bien même sait-on qu’elle ne rivalisera pas avec les cadors anglo-saxons et qu’elle cumule nombre de défauts de forme (intrigue paresseuse et dialogues laborieux en première ligne), son fond et son ambiance glaçante, à mi-chemin entre cynisme et réalisme, compensent largement ses quelques maladresses.

Pour ceux qui auraient raté la diffusion du 11 février sur Arte des épisodes 1 à 3, sachez que la chaîne les proposera gratuitement toute la semaine prochaine en replay via son service Arte+7. Enfin, pour les plus matérialistes, notons que cette série est également disponible en DVD et Blu-ray depuis le 3 février.

un article de GBP

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s