Le Garcon et la bête (2016)

un film de Mamoru Hosada

À 9 ans, l’univers de Ren s’effondre. Sa mère, divorcée, perd la vie dans un accident, et son père demeure introuvable. Confié aux soins d’une famille qu’il ne connaît pas et qui ne mesure pas le vide qu’il ressent, Ren fugue et se retrouve livré à lui-même dans Shibuya, le monde des humains. Au hasard de ses errances, il fait la rencontre de Kumatetsu, un ours puissant et impulsif qui lui propose de devenir son disciple et le mène jusqu’à Jutengaï, le monde des bêtes, à présent en effervescence. Le seigneur des lieux est appelé à désigner son successeur entre Kumatetsu et son rival de toujours Iôzen. Ren, renommé Kyuta par son maître, découvre alors pourquoi l’ours l’a choisi pour disciple. Par son attitude arrogante et colérique, il s’est attiré la vindicte de tous et aucune bête ne souhaite l’avoir pour maître.

L’Enfer, c’est les autres

Sous prétexte qu’ils opèrent sur le terrain de l’animation japonaise, d’aucuns osent la comparaison entre Mamoru Hosoda et Hayao Miyazaki, assurant un peu vite que la relève du vénérable maître de l’animation était assurée. Aussi absurde que de vouloir comparer Pixar à Dreamworks ou The Elder Scrolls et Grand Theft Auto. Dans la forme, ça y ressemble, mais leurs ADN sont profondément différents. Loin de l’univers onirico-spirituel dans lequel Miyazaki entraîne ses spectateurs, Hosoda lui préfère l’émotion du quotidien et surtout la famille, noyau dur d’une société difficile à pénétrer dès lors qu’on s’écarte quelque peu de la norme. De Makoto Kono, héroïne de La Traversée du temps, que ses voyages dans le temps finissent par isoler de sa progression vers l’âge adulte à Hana et ses deux enfants dans Les Enfants-loups, qui tente en vain de s’isoler d’une société incapable de les accepter, Hosoda nous dépeint des personnages complexes et pétris d’aspérités qui peinent à entrer dans les cases trop orthogonales de leur société. Il en est ainsi des deux protagonistes principaux dans Le Garçon et la bête.

La rivalité qui oppose Kumatetsu à Iôzen illustre parfaitement ces difficultés. Ours paresseux, égoïste et impulsif, Kumatetsu n’a pu s’assurer une place au sein du monde des bêtes que par sa force hors du commun qui a fait de lui un très grand guerrier. Mais s’il est pressenti pour succéder au seigneur, la population lui préfère son rival Iôzen, de force égale, mais révéré pour sa patience et sa grandeur d’âme. Là où lui se pose en pilier de la société en apparaissant avec famille parfaite et disciples nombreux, Kumatetsu n’est qu’un marginal solitaire. Son but est d’ailleurs autant d’accéder au rang de seigneur que de battre Iôzen, et par là même contraindre la société à l’accepter. Il doit pour ça accéder au rang de maître, et se voit lui-même contraint de prendre un disciple.

Le singe le voit, le singe le fait

Ce disciple, ce sera Ren, que Kumatetsu renommera Kyuta pour marquer sa rupture totale avec le monde des humains. De caractères sensiblement identiques maître et disciple alternent calme relatif et disputes mémorables, lesquelles apportent un humour bienvenu à la quête initiatique de Ren/Kyuta et Kumatetsu, certes classique mais parfaitement maîtrisée par un Mamoru Hosoda au sommet de son art depuis Les Enfants-loups. Entraînements, disputes, combats et progrès s’enchaînent sans temps mort, déroulant les avancées du maître et du disciple. Une formation qui aura vu Ren passer de l’enfance à l’adolescence, tout en s’accommodant de l’incapacité de Kumatetsu à lui enseigner ses techniques. Ayant grandi dans une solitude encore plus profonde que celle de son disciple, l’ours a appris tout ce qu’il sait de manière empirique, sans comprendre réellement ce qu’il faisait, contraignant Ren/Kyuta à la seule méthode d’apprentissage à sa disposition : l’imitation. Comme les enfants qui apprennent la vie en imitant leurs parents. Certes cette récupération du rôle paternel par Kumatetsu peut sembler un peu facile, de même que l’opposition de ce dernier au véritable père de Ren/Kyuta. Elle le serait si elle n’était intégrée à un ensemble de sous-intrigues donnant corps et cohérence à ce conte initiatique de presque deux heures.

Si on devait retenir la réelle faiblesse de Le Garçon et la bête, ce serait sans doute la facilité de cette intrigue globale. La marge de progression de ses personnages est balisée et rares sont les séquences capables de nous surprendre. L’ensemble reste cependant maîtrisé et équilibré, laissant élégamment la place à la patte graphique de Hosoda. Alternant et combinant animation traditionnelle, 3D et prises de vue réelles modifiées, Le Garçon et la bête se distingue du studio Ghibli et son style caractéristique, mais rivalise sans honte avec les décors photoréalistes du Voyage d’Arlo, dernier mètre-étalon en date du film d’animation. Le monde foisonnant et coloré des bêtes opposé au métallique et cassant quartier des humains en est un exemple. Loin d’accoucher d’un film sans âme, Hosoda parvient en une image à nous faire ressentir la douce chaleur de Jutengaï ou le pâle et glacial béton de Shibuya. Tout y est superbe et superbement animé.

En conclusion, Le Garçon et la bête n’est sans doute pas le plus inspirant des films de Mamoru Hosoda, ni même le mieux écrit, mais ces faiblesses ne masquent en rien ses forces. À la fois soigné et rythmé dans sa réalisation, drôle dans ses dialogues et ses situations, il mérite amplement sa place sur le podium des films d’animation (et des films, tout court) à voir cet hiver. Il est cependant regrettable que sa diffusion soit restreinte par un nombre limité de copies disponibles et une campagne marketing qui fait pâle figure face au rouleau-compresseur Disney-Pixar. Je ne peux que vous encourager à faire l’effort de trouver un cinéma ayant à la fois la chance et l’intelligence de le programmer. Vous ne regretterez pas le déplacement, quand bien même la météo vous encouragerait-elle à rester dans vos pénates.

article de GBP

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