Bang Gang : une histoire d’amour moderne (2016)

un film de Eva Husson

avec Finnegan Oldfield, Marilyn Lima

On est en été, l’été de la canicule. Une bande d’adolescents se retrouve dans une maison pour passer leurs longs moments d’ennui. Un jour, George, une jeune fille de 16 ans amoureuse d’Alex le propriétaire des lieux, invente un jeu pour attirer son attention : le « Bang Gang ». Le groupe va ainsi opérer son exploration sexuelle, la repoussant jusqu’aux limites et de là naîtra le scandale. C’est l’histoire de l’été de tous les changements.

Le résumé de ce film a été assez compliqué à établir étant donné que nous sommes face à un film qui traite d’un sujet mais prétend lui en accoler un autre. Le premier long métrage d’Eva Husson, 39 ans, traîne derrière lui l’ombre d’une communication qui n’est pas pour le servir. Son côté sulfureux peut assez rapidement paraître racoleur et putassier au regard de la bande annonce. C’est comme pour rassurer le public qu’on a cru bon d’ajouter le sous titre « une histoire d’amour moderne » : ce que nous allons vous montrer est peut être choquant mais rassurez-vous, tout cela finira par une histoire d’amour. Dans les quelques interview qu’elle a donné, Eva Husson dit avoir voulu que « le cinéma conquise à nouveau l’intime sur le pornographique », « traiter de l’extrême pour y faire affleurer des comportements plus courants ». Dans le même temps, elle précise qu’elle ne voulait pas juger et montrer que ce qui se passait dans le film n’était pas si grave, que ce n’était qu’une étape qui construit l’adulte de demain. Des erreurs de la veille peuvent naître les bonnes décisions du jour. La réalité du message véhiculé par le film est hélas tout autre, peut-être au détriment des volontés réelles de sa réalisatrice.

La première référence qui vienne en tête à la sortie du film, c’est Larry Clark. Ce réalisateur américain, qualifié de « pornographe » par certains, est connu pour ses films mettant en scène le rapport des adolescents à la sexualité. De son premier film Kids en 1995 à Ken Park qui connut le succès en 2002, ses œuvres ont toujours suscité la polémique. Son exposition photographique en 2011 au musée d’art moderne de Paris a été interdite aux moins de 18 ans tant elle gênait par son contenu. Mais c’est un fait, le cinéma de Larry Clark définit comme personne l’ennui abyssal de ces années de transition que beaucoup de jeunes fuient par des expériences de plus en plus extrêmes comme la drogue et la sexualité. Ce qu’ajoute Eva Husson dans son film, c’est le rapport à la pornographie qui a une place tellement prépondérante et quotidienne dans la jeunesse actuelle, qu’on la projette sur des murs lors des après midi entre potes comme on projette des vidéos Youtube de chats. C’est aussi banal que cela. Dès lors, les rapports entre les êtres sont banalisés et on « joue au sexe » comme on « jouerait aux jeux vidéos ». Ce qui est finalement une expérience de sexe à plusieurs est réduite au statut de jeu de société. Quand la réalisatrice dit qu’elle veut nous montrer des comportements plus courants, elle nous montre un personnage nommé Gabriel (la force des noms symboliques) qui préfère passer ses après-midi dans sa chambre à composer sa musique et qui s’occupe malgré tout de son père handicapé. Un « adolescent idéal » en somme, posé en opposition à ceux qui participent à ces après-midi de dépravation. Le message est assez clair et aurait pu s’arrêter là. Le public aurait fait son propre avis sur ce qu’il considère comme bien ou mal, tout en étant orienté par la caméra et le scénario de la réalisatrice. Après tout, on admet totalement que le cinéma n’est pas objectif et qu’il présente un avis sur une situation donnée. D’autant que les événements du film projettent un rapport au corps et la sexualité assez juste dans sa première partie.

Car en plus de banaliser le sexe, les adolescents du film montent un site internet uniquement destiné aux participants qui permet de publier ses vidéos et photos des soirées. Ainsi, et du propre avis d’un des personnages créateur du site, cela leur permettra de se voir en situation et d’être vu des autres. Nous sommes en plein dans le sujet du rapport au corps et sa plasticité durant l’adolescence. Ce site met le jeune en position de voyeur et d’exhibitionniste. Ce que sont finalement les réseaux sociaux actuels. Cette surexposition de notre vie qu’on présente au monde entier, par l’intermédiaire de Facebook ou de Twitter, est un des modes d’existence de l’adolescence. On ne se sent exister que si on se voit exister sur ces sites et donc exister par rapport aux autres. C’est aussi là-dessus que le film est intéressant, quand il en montre le mauvais côté, la dérive possible et dommageable à l’âge où on découvre malgré soi que le regard des autres peut être destructeur.

Jusqu’ici, Bang Gang nous offre une expérience artistique maîtrisée. La réalisation est superbe et les scènes érotiques sont esthétiquement belles et bien filmées, ce qui les distingue totalement de Larry Clark. Le rythme est lent mais permet de vivre au rythme de leur été qui ne semble jamais devoir finir et devient pesant. C’est dans sa dernière partie que le film déçoit par un aspect moralisateur qui appuie beaucoup trop le propos et devient prêchi-prêcha. Comme si Eva Husson voulait s’assurer qu’on comprenne bien que ce qu’elle a montré n’était pas la norme et qu’il ne fallait pas la considérer comme tel. Ceci alourdit terriblement le film et nous laisse un goût amer qui, si il ne détruit pas ce qu’on a pris plaisir à voir dans la première partie, le dévalue certainement. Le casting, qui alterne les bons comédiens et ceux dont les prestations sont plus discutables, n’aide pas à alléger cette partie et semble s’excuser de ce à quoi on vient d’assister. Comme si tout ceci était répréhensible.

C’est finalement le gros reproche qu’on peut faire au film Bang Gang : avec de bonnes intentions et des idées intéressantes, il semble se dégonfler dans la dernière partie comme si il fallait plaire au plus grand nombre. Mais ce n’est pas un film destiné à être populaire. Dès lors, la réalisatrice aurait du assumer jusqu’au bout son intention de départ, quitte à nous servir la même fin mais sans appuyer dessus avec des dialogues digne d’une rédemption. Cela reste malgré tout une très belle tentative d’amener un sujet que le cinéma français évite avec soin, préférant cantonner l’adolescence aux schémas datés de La Boum et laisser le reste aux américains.

article rédigé par FV

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