CREED (2016)

Un film de Ryan Coogler

avec Michael B. Jordan, Sylvester Stallone

Adonis Johnson n’a jamais connu son père, le célèbre champion du monde poids lourds Apollo Creed, décédé avant sa naissance. Malgré tout, son ballottage de foyer en foyer pour cause de violentes bagarres révèle qu’il a sans conteste la boxe dans le sang. Désireux de marcher sur les traces de son géniteur, il se rend à Philadelphie dans l’espoir de suivre l’entraînement de l’ancien ami et rival de son père : Rocky Balboa.

Les trentenaires et quarantenaires le comprendront sûrement plus que quiconque, le cinéma des années 70 et 80 a forgé nombre de figures mythiques indétrônables dont les légendes perdurent encore aujourd’hui. Des histoires transmises de père en fils, de génération en génération. Des récits qui ont tellement envahi notre imaginaire que tous les réalisateurs actuels y font référence à un moment ou à un autre. Les Corleone, John Rambo, John McLane, Luke Skywalker, Indiana Jones, etc… Tant de genres différents pour un même constat : le cinéma serait différent sans eux, et la pop culture beaucoup moins riche. Rocky Balboa fait partie de ce panthéon. En l’espace de six films, le personnage créé en 1976 par Sylvester Stallone a conquis le cœur des spectateurs. Un boxeur à la résistance redoutable qui prend les coups de poings comme il prend les coups durs de la vie : sans jamais défaillir. Un personnage renfermé, mal à l’aise, qui ne semble jamais vraiment à sa place, et l’histoire d’amour timide qu’il entretient avec Adrian. Tous les éléments étaient réunis pour le nimber d’une aura suffisamment forte et lui assurer une place de choix dans l’histoire du cinéma. Mais ce n’est pas le seul personnage iconique de cette saga. Un autre y tient une place tout aussi grande malgré qu’il ne soit pas le personnage principal : Apollo Creed, transcendé par la performance de Carl Weathers. Il est si fort qu’il en arrive presque à éclipser les autres antagonistes du boxeur. C’est donc tout naturellement que le jeune réalisateur Ryan Coogler a préféré donner une suite à la saga se focalisant sur son fils, plutôt que céder à la facilité des sequels en proposant l’histoire du fils du héros. Si le distributeur français a pris la décision d’ajouter le sous titre, « l’héritage de Rocky Balboa », c’est davantage pour une raison marketing consistant à apposer une marque déjà connue du public.

Il est ici bien question d’héritage, mais davantage de celui d’Apollo Creed. Son fils ne porte pas son nom officiellement, étant le fruit d’une relation adultérine, mais il en porte le poids. Dès lors, le film tourne autour de la question de l’hérédité et du passé que véhicule un nom de famille. Si Adonis ne peut nier son attirance quasi génétique pour la boxe, il passe son temps à refuser d’être le fils d’un champion du monde : la peur de ne pas être à la hauteur et l’envie de réussir par lui-même. Il refuse d’être le fils de ce père qu’il n’a pas connu et dont l’aura le castre par delà la mort. C’est pour cela qu’il va chercher un père de substitution en la personne de Rocky, celui qui s’est construit tout seul et est devenu plus grand que le champion du monde. Il opère le même cheminement que Luke Skywalker quand il rencontre Obi-Wan. Les vieilles recettes pour créer un mythe sont utilisées et la réalisation va y concourir.

Ryan Coogler offre un film dont la beauté visuelle ne frappe pas au premier abord. Et, au même titre que le scénario, il cède aux sirènes des facilités scénaristiques évoquant les clichés dont on nous abreuve depuis des années. Puisque le personnage est un noir américain enclin à la bagarre, il a forcément fait le tour des foyers de redressement et tombe amoureux d’une rappeuse qui le rejette dans un premier temps. La finesse des scénarios de Stallone n’est plus. Ce qui était beau dans le film original, c’était cette résistance constante que semble opposer Adrian durant tout le film alors qu’on la sent tiraillée par l’envie de céder aux avances de Rocky. Cela relayait même la boxe au second plan, considérant le combat final de « l’étalon italien » comme un dépassement de lui-même. La vraie victoire est d’obtenir une déclaration d’amour d’Adrian et non le combat en lui même. Coogler préfère, quant à lui, mettre en avant la boxe et offre un dernier acte d’une beauté graphique et d’une violence salvatrice. Il s’offre même le luxe d’un clin d’œil à la séquence de course dans Philadelphie du film original en créant un plan visuellement magistral du nouveau héros. Balboa est prêt à passer le flambeau.

Mais ce n’est pas la seule raison de la présence de Stallone à l’affiche. Il y démontre encore une fois qu’il maîtrise de bout en bout ce personnage qui semble sortir naturellement de lui-même. Il fait la démonstration d’un jeu d’une finesse qu’on ne lui connaissait plus et atteint son paroxysme dans une scène de cimetière bouleversante. Bien évidemment, le héros n’est plus que l’ombre de lui-même. Mais n’aurions-nous pas trouvé ridicule de le voir aussi fringant qu’avant ? Comme dirait un autre personnage emblématique des années 80 : il est « trop vieux pour ces conneries ». Balboa est au crépuscule de sa vie. Sa santé défaille. Il est seul. Il en est au bilan. Il rappelle au spectateur de vieux souvenirs par quelques anecdotes qui parleront aux plus fidèles de la saga. Cela pourrait gêner certains qui s’empresseraient de dire « c’était mieux avant ». Mais ce qui a déjà été ressenti ne peut plus avoir le goût de la nouveauté : nous évoluons et l’époque aussi.

Malgré quelques facilités scénaristiques et une construction qui pourrait presque faire penser à un remake du film original, Creed est un bon film dépassant le cadre du simple divertissement testostéroné auquel on s’attendait. Il pose intelligemment les questions de l’héritage familial et de la construction de soi au regard de ce poids. De plus, il permet des retrouvailles touchantes avec un personnage qu’on aime tant revoir. Et à l’heure où nous perdons unes à unes les icônes de la pop culture, pourquoi refuser d’en retrouver pour des adieux en règle ?

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