Un film de Hiromasa Yonebayashi

2014

Sortie en DVD le 1er Juillet 2015

Anna, une jeune adolescente solitaire et déracinée, vit en ville en compagnie de ses parents adoptifs. Alors que son asthme s’aggrave, elle est envoyée en pension chez des parents de sa mère adoptive, les Oiwa, un couple simple et sympathique habitant un petit village réputé pour la pureté de son air.

Alors que ses premières rencontres avec les villageois ne sont pas de son goût, elle développe vite une fascination pour la vieille demeure des marais, une bâtisse qui lui semble étrangement familière pourtant inhabitée depuis des décennies.

Malgré tout, c’est là-bas qu’elle fera la rencontre la plus bouleversante de sa vie en la personne d’une mystérieuse jeune fille : Marnie, qui éveillera chez elle des souvenirs depuis longtemps enfouis.

Le chant du cygne

Souvenirs de Marnie est la dernière production du studio Ghibli, sans conteste le plus célèbre studio d’animation japonais. Fondé en 1985 par Hayao Miyazaki et Isao Takahata, qui furent d’ailleurs ses plus fameux réalisateurs, Ghibli enchante les amateurs de films d’animation depuis 30 ans avec des films somptueux tels que Princesse Mononoké ou Pompoko. En 2014, une interview de Toshio Suzuki laisse entendre que Ghibli pourrait arrêter la production de longs-métrages après Souvenirs de Marnie. Plus vraisemblablement, il pourrait plutôt s’agir d’une restructuration, même si rien ne laisse penser que le studio ait d’autres projets pour l’instant. Miyazaki et Takahata, justifiant chacun 74 et 79 ans, admettent ne plus être aussi efficaces dans leur travail. De plus, le décès brutal en 1998 de Yoshifumi Kondo, considéré comme le successeur le plus naturel de Miyazaki, a sans doute posé souci quant à la pérennité du studio et justifier une pause, sinon un arrêt, dans le développement.

Hiromasa Yonebayashi est l’un de ces jeunes espoirs de Ghibli. Déjà réalisateur du sympathique Arrietty, le petit monde des chapardeurs, il nous livre avec Souvenirs de Marnie une seconde adaptation d’une œuvre littéraire occidentale, en l’occurrence When Marnie was there de Joan G. Robinson, auteure et illustratrice britannique de livres pour enfants et adolescents (1910-1988). Difficile de dire si l’adaptation est réellement fidèle au livre (votre serviteur n’ayant jamais eu l’occasion d’y jeter un œil), mais impossible de regretter les 102 minutes d’animation qu’on nous propose de contempler.

De l’importance du lien social

Je n’irai pas par quatre chemins. À mes yeux, Souvenirs de Marnie, est une splendeur. D’un simple point de vue technique, le style Ghibli, tout en aquarelles douces, continue de faire mouche et chaque nouvelle production est une véritable leçon de dessin-animé. Décors et animations sont de toute beauté et l’homogénéité de l’ensemble indéniable. Yonebayashi ne révolutionne pas le style de la maison, mais ce n’est si sa mission, ni son intention. Car s’il n’est ni parfait, ni révolutionnaire, la patte de Ghibli est reconnaissable entre mille. Ce n’est pas dans ce domaine que cette œuvre cache son plus grand trésor.

Souvenirs de Marnie, c’est avant tout une histoire. Celle d’Anna, une adolescente introvertie et solitaire qui a perdu ses parents alors qu’elle était si jeune qu’elle n’a même aucun souvenir de leurs visages. Sans famille, elle est adoptée par un couple aimant mais qui ne comprend pas l’apathie de la jeune fille. Envoyée chez des parents qu’elle ne connaît pas, dans un environnement tout aussi inconnu, rien ne semble concourir à l’ouvrir sur le monde. Jusqu’à la découverte de l’étrange demeure des marais et de sa non moins étrange occupante, Marnie. C’est la rencontre de cette jeune fille bondissante de joie, mais aux lourds secrets, qui va soudain ouvrir la porte des souvenirs d’Anna. Au fil de leurs rencontres, Anna s’ouvrira peu à peu sur le monde et sur elle-même. Je ne déflorerai pas plus avant l’intrigue tout en finesse de cette amitié atypique, entre rêve éveillé et souvenirs inconscients. Préparez-vous simplement à un final que vous verrez sans doute venir si vous savez replacer les pièces du puzzle, mais qui ne perdra rien de son intensité dramatique.

Dans mes souvenirs…

Après une Arrietty sympathique mais sans relief qui n’a pas rencontré le succès tant critique que public, dire qu’on attendait Yonebayashi au tournant serait un euphémisme. On aurait pu craindre qu’il se heurte aux mêmes écueils en adaptant une autre œuvre occidentale. La proximité de leurs héros respectifs (tous deux malades, solitaires, et aux parents absents) n’étant pas pour le servir.

Pourtant, avec Souvenirs de Marnie, il nous livre une histoire pleine de nostalgie, magnifiquement racontée et mise en scène. Qu’il s’agisse de la quête d’identité d’Anna à la fois douloureuse et apaisante, des secrets déchirants que Marnie cache derrière son apparence enjouée, ou de leur relation tendre et inconditionnelle, tout est d’une justesse à même de tirer des larmes à un bloc de marbre.

Souvenirs de Marnie est un splendide hommage aux souvenirs, à leur force et à leur résilience, à la capacité qu’ils ont de forger notre identité. Je ne saurai trop vous conseiller cette fresque estivale pour petits et grands, rappelant à la fois Princesse Sarah et le récent Vice-Versa, qui saura vous rafraîchir en ces temps de canicule.

Nous avons ici affaire à un grand Ghibli, une preuve de plus du savoir-faire de ce studio et de la nécessité de le voir nous enchanter encore longtemps, et pas seulement dans nos souvenirs…

article rédigé par GBP

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