Un film de Zach Lipovsky

Avec Jesse Metcalfe, Meghan Ory, Rob Riggle

Après deux épidémies successives ayant entraîné la mort de dizaines de milliers de personnes, le monde a basculé dans la psychose du zombie. Lorsque l’horrible infection choisit de s’abattre sur la ville d’East Mission, la changeant en un enfer envahi de zombies, tout est fait pour rassurer une population traumatisée. Par chance, une organisation gouvernementale distribue le seul antiviral connu aux nombreux réfugiés de la zone de quarantaine dans l’espoir d’enrayer la progression de la maladie. Mais quand le remède se révèle incapable de contenir le mal, seuls un journaliste ambitieux et une jeune dure-à-cuire pourront révéler les dessous d’une affaire remontant jusqu’aux plus hautes sphères.

Bascule médiatique

J’en entends d’ici (Et ne baissez pas la voix, ayez le courage de vos opinions !) : « Mouais, ça sent la bouillie de zombies pas fraîche, ton truc…« . Non mais dites-donc. Vous a-t-on habitués à chroniquer de sombres bouses sur ce site ? Au cours de ses deux semaines d’existence, jamais The Bright side of Art n’a pu être taxé de complaisance, encore moins de frapper un homme à terre. Si j’ai choisi de vous parler de Dead Rising : Watchtower, c’est qu’il a effectivement une épine dorsale apte à lui faire garder la tête droite. De guingois, certes, mais droite.

Commençons par le commencement. Dead Rising : Watchtower ne s’inscrit pas dans la lignée des productions zombies de ces dernières années. Pour la plupart sorties du néant, délabrées et se traînant sans but comme les zombies qu’elles décrivent, elles se contentent généralement de jeter à la face d’un spectateur pantois profusion de gore mal foutu et de nichons ceints de débardeurs trop petits (grosso modo). La vague Z a commencé à déferler en librairies voilà quelques années, avec des succès tels que Walking Dead au rang des comics et World War Z pour les romans (dont on a tiré un film d’une telle nullité que nous ne le chroniquerons jamais, par exemple), avant de déferler en général directement en DVD (à de rares exceptions près). La télévision (paradoxalement, l’objet qu’on a longtemps accusé de zombifier les masses) est parvenue courageusement à maintenir le genre Z sous perfusion, à plus forte raison depuis que les séries se sont emparées du phénomène, l’excellente Walking Dead et la bondissante Z Nation en fers de lance.

Mais si je vous parle de la télévision en tant que média, il convient aussi de parler de l’objet en lui-même. Car dans l’ombre des téléviseurs, un autre média a su faire vivre le zombie pendant toutes ces années dans l’indifférence (quasi) générale. En effet, le jeu-vidéo a su maintenir les morts-vivants en assez bonne santé, au travers de rouleaux compresseurs tels que Resident Evil ou Dead Island, de travaux plus modestes tel Deadlight ou le fameux Zombie Nazi Army dérivé de Sniper Elite. Et au milieu de tous les Dying Light et autres Lollipop Chainsaw (j’en néglige volontairement), une saga a su se faire un nom en mêlant le foutraque, le jeu bac-à-sable et les zombies : Dead Rising.

Fidélité, ton nom est…

Comme la plupart des productions zombie, Dead Rising ne court pas après le succès d’estime. La licence est habituée a accoucher de jeux assez moyens (graphismes en retraits, rigidité des contrôles), mais au potentiel de fun indéniable. Le scénario vous lâche dans un environnement ouvert saturé de zombies et de psychopathes. À vous de construire vos propres armes et d’enquêter pour débusquer les faits ayant entraîné la catastrophe. Après, vous êtes libre. Survivez ou mourez.

C’est peut-être ce qui a convaincu Legendary d’en revendre les droits à Crackle, plateforme de streaming et spécialiste de la production-web, tant le potentiel de l’objet semblait bancal et hasardeux. Parfois mieux vaut cependant un petit producteur fauché mais motivé qu’une grosse machine je-m’en-foutiste. Car l’affaire à peine conclue, Crackle s’était déjà attelée à réunir une équipe dédiée à l’adaptation de Dead Rising. Et le résultat est des plus probant.

Dead Rising : Watchtower n’est pas une énième production sur le thème zombie. De par son background tout d’abord, dont découle son scénario. Dead Rising s’est toujours appuyé sur des scénarios très basiques, mais riches en action en rebondissements. Ainsi en choisissant de poser son histoire entre les épisodes 2 et 3 de la saga, introduisant la génèse du projet Watchtower, en place dans Dead Rising 3, Tim Carter a parfaitement compris comment tirer partie de la saga en faisant le lien entre deux opus aux histoires distantes de plus de 10 ans. Au travers du journaliste-héros de la crise zombie Franck West (Rob Riggle), incarnation déjantée et imbue d’elle-même de l’avatar du premier opus, il parvient de surcroît à aborder une thématique tristement d’actualité, bien que sous un angle en passe de devenir obsolète, à savoir jusqu’où un état est capable d’aller pour s’assurer le contrôle de ses citoyens. Car tout l’enjeu est là. Entre la FEZA, institution civile chargée de gérer la crise avec des moyens dérisoires tout en luttant désespérément contre l’infection, et les instances militaires qui la manipulent et prétendent disposer de meilleures solutions en puçant les gens comme de vulgaires yorkshires, la terreur qui étreint ce monde est palpable. Et hélas familière.

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Toujours viser la tête

L’univers de Dead Rising : Watchtower tient la route, même s’il bringuebale un peu dans les virages. Pour un fan de la saga (ou plus prosaïquement quelqu’un ayant tenu la manette des deux premiers épisodes), nous avons affaire à un produit d’une fidélité sans faille, distillant des clins d’œil avec moins de lourdeur que certains (Vous avez dit Jurassic World ? Tiens, c’est curieux), qu’il s’agisse de petits détails directement issus du jeu cachés de ci, de là, de ses zombies bigarrés qui nous changent des sempiternels zombies « cadres moyens crasseux » ou d’un morceau de bravoure quasi-suicidaire de Chase (Jesse Metcalfe) qui affronte l’espace de quelques secondes une horde de zombies à l’aide d’armes improvisées jusqu’à être contraint à la fuite.

À contrario, Dead Rising : Watchtower pourrait refroidir plus d’un néophyte. Si vous n’êtes pas familier de la saga, il se pourrait que le film vous laisse une impression déconcertante. Les interventions hilarantes et répétées de Franck West pourraient en rebuter certains par son côté lourdingue (Son interprète est visiblement en roue libre). Malgré tout, un amateur de morts-vivants y trouvera son compte sans problème, laissant de côté les références pour ne prendre que l’action en plein vol.

Si l’on suit ce simple postulat, Dead Rising : Watchtower atteint sa cible pleine bille. En exploitant correctement la licence tout en la replaçant dans un contexte assurant sa continuité, sans sacrifier ni renier le média qui l’a vue naître, Zach Lipovsky nous livre l’une des meilleures adaptation de jeu-vidéo qu’on ait vu, aussi imparfaite que son modèle, mais pétrie de la même passion que les créateurs de son matériau originel. Une passion qui compense sans mal ses petites maladresses.

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