Un Film de Pete Docter

doublé en français par Charlotte Le Bon, Gilles Lellouche,

Mélanie Laurent et Pierre Niney

Depuis 11 ans, Peur, Tristesse, Colère et Dégoût dirigent la vie de Riley sous le patronage de Joie. Logés dans le quartier cérébral de la tête de Riley, ceux-ci s’assurent depuis sa naissance que sa vie ne soit qu’une collection de bons moments. Peur la prévient des dangers, Dégoût s’assure qu’elle ne se pourrisse pas la vie avec de mauvaises choses, Colère se voit comme le doigt de la justice et Joie distille ses moments de bonheur pour alimenter en permanence les cinq îles qui constituent la personnalité de Riley. Seule Tristesse n’arrive pas à trouver sa place dans tout ce petite monde bien orchestré et ce n’est pas Joie qui va l’aider. Mais un jour, toute cette belle organisation s’effondre petit à petit et Joie et Tristesse se perdent dans la tête de Riley en essayant de rétablir la situation, laissant Peur, Colère et Dégoût seuls maîtres à bord.

Une aventure hors du commun

Je dois bien vous l’avouer, il m’a été très difficile de résumer ce film tant son histoire sort des sentiers battus. A l’heure où je commençais à penser que le cinéma ne pouvait plus nous offrir d’histoires originales, tout ayant déjà été raconté, le studio Pixar me fait encore regretter d’avoir pensé trop vite. A chaque fois qu’un nouveau poulain sort de leurs écuries, tout le monde crie à l’étalon et je me surprends à espérer que ce ne soit qu’un Shetland. Mais que voulez-vous, à part quelques erreurs de parcours ( Cars 2, Monstres Academy ou le trop surestimé à mon sens Wall-E), Pixar ne cesse de briller par son inventivité, son sens inné de la narration et sa capacité à nous toucher droit au cœur.

Pour ce nouveau coup de maître, Pete Docter (à qui nous devons les fabuleux Là-haut et Monstres et Cie) décide de passer par le symbolisme et l’incarnation pour nous parler de la fin de l’enfance. Plutôt que de nous servir à nouveau un scénario où la petite Riley vivrait devant nos yeux les expériences qui vont forger l’adolescente, puis l’adulte, qu’elle sera plus tard, Docter décide de nous le faire vivre de l’intérieur : de nous montrer les mécanismes psychologiques et émotionnels en actions dans ces changements radicaux que marque la fin de l’insouciance. Si nous n’évitons pas les écueils du déménagement et du changement de vie qui peuplent tous les films sur le sujet, l’originalité est de les poser comme des métaphores du changement intérieur de Riley : elle quitte l’enfant qu’elle était (le Minnesota) pour l’adolescente qu’elle devient (San Francisco). Mais ce changement ne se fait pas sans mal.

Je n’en dis volontairement pas plus pour ne pas vous gâcher la découverte d’un scénario qui recèle bien des surprises, mais sachez juste que le périple de Joie et Tristesse pour rentrer au Quartier Cérébral ne sera pas de tout repos. Elles traverseront de nombreux lieux qui constituent le fonctionnement interne du cerveau humain. Et c’est sûrement toute la force du film, réussir à rendre tangibles et accessibles des concepts psychologiques tels que la mémoire à long terme, les pensées abstraites, le subconscient, etc. De la même façon, en incarnant les émotions et en les traitant comme des vrais personnages, le propos du film n’en devient que plus clair et plus passionnant. Ce qui aurait pu être un cours de psycho un peu barbant devient un film d’animation passionnant.

Un film familial ?

Depuis le début de cette critique, je n’ai volontairement pas dit qu’il s’agissait d’un film familial car toute la question est là. Si la salle était pleine d’enfants lors de la projection, force est de constater qu’ils n’étaient pas très réactifs à ce qu’ils passaient sur l’écran. Ils étaient calmes mais comme circonspects devant ce qu’on leur proposait. Les adultes, quant à eux, étaient bien plus réceptifs et très souvent hilares. Il faut le préciser, l’humour est omniprésent et demeure un des moteurs principaux du film. Mais c’est un humour centré sur les répliques et des références à des éléments étrangers aux enfants. Ou s’il ne leur est pas étranger parce qu’ils sont en plein dedans (les amis imaginaires et autres fantaisies), ils n’ont pas le recul pour en rire. Les gags purement visuels, qui sont la plupart du temps l’apanage des films pour enfants, sont quasiment absents de ce film. Tout se passe d’un point de vue cérébral et analytique.

Par ailleurs, tout comme Toy Story 3 avant lui, Vice Versa traite de la fin de l’enfance avec une certaine nostalgie. Si les enfants sont bien le sujet du film, ils ne sont clairement pas la cible visée par Pixar. Dans Toy Story 3, les enfants pouvaient y trouver leur compte dans l’histoire et dans l’humour qui touchait toutes les générations. Ici, ils n’ont pas de repères puisqu’ils sont en plein dans la période que raconte le film. Ils n’ont pas le recul nécessaire pour en profiter. Tout ce qu’ils peuvent en tirer, ce sont des personnages aux couleurs plaisantes qui s’activent sur un écran, mais guère plus. Ce long métrage est destiné aux adultes et jeunes adultes pour opérer un retour tendre et amusé sur une période qu’ils ont vécu et dont ils peuvent maintenant comprendre les mécanismes.

Vice Versa mérite amplement l’appellation de « chef d’oeuvre » tant il réussit à tous les niveaux : animation, rire, émotion, interprétation et un sous-texte d’une rare profondeur dans un film d’animation. Il mériterait même une analyse plus poussée et peut-être y reviendrais-je dans quelques mois quand sortira le Blu-ray. Mais pour le moment, il était nécessaire de rester à la surface des choses afin de laisser le plaisir de la découverte.

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