Comédie absurdo-horrifique de John De Bello

1h38

Voilà 10 ans que la célèbre guerre des tomates a eu lieu ! 10 ans que le gouvernement américain a interdit leur existence afin qu’un tel drame ne se reproduise plus. 10 ans que le héros de guerre Wilbur Finletter a ouvert sa pizzeria 100 % sans tomates. Mais c’était sans compter sur le terrible Dr. Gangrène et son assistant Igor qui préparent dans l’ombre leur revanche pour qu’enfin le monde connaisse l’avènement des Tomates.

Parodie ou vrai nanar ?

Oui, le résumé de ce film n’est pas vendeur. Une telle histoire ne pourrait aboutir qu’à un navet qu’on ne diffuserait même pas à son pire ennemi, par peur de contrevenir à la convention de Genève. Cependant, ce serait une grosse erreur de juger ce film à son titre grotesque ou à son scénario qui l’est tout autant. Vous n’avez sûrement pas vu le premier opus sorti 10 ans plus tôt, L’Attaque des tomates tueuses. Vous avez probablement raté ses suites aux titres évocateurs : Les Tomates tueuses contre-attaquent et Les Tomates tueuses mangent Paris. Mais ce serait franchement dommage de rater celui-ci qui, dans son genre, est un petit bijou.

Mais quel est son genre, me direz-vous sur un ton un peu sarcastique et agacé ? Dans un premier temps, je vous répondrais que votre scepticisme ne justifie pas de m’agresser verbalement et que ne nous sommes point chez votre grand-mère : « Non mais comment tu me parles ? Tu t’es cru chez mémé ! ». Puis, je reprendrais mon calme et dirais que le film de John De Bello est dans la droite ligne des Zucker-Abraham-Zucker tel que Y-a-t-il un pilote dans l’avion ?. Nous sommes dans une parodie complète et assumée du film de série Z. Le réalisateur et scénariste rend hommage à tout un genre de cinéma qui se soucie moins de la vraisemblance que du fait de respecter un budget souvent mince. On dit parfois que les contraintes financières aident les réalisateurs à se dépasser du point de vue de la créativité et de l’imagination. C’est une réalité, mais hélas ce n’est pas toujours pour le meilleur. Et c’est à ces « mauvais films » de science-fiction et d’horreur que rend hommage John De Bello.

Le film s’ouvre d’ailleurs sur une émission de télévision diffusée en nocturne qui propose à ses rares spectateurs insomniaques de leur présenter un nanar nommé : Le Retour des tomates tueuses. C’est une mise en abîme. Le film que nous allons voir est un film dans le film. Par ce biais, De Bello assume le second degré puisqu’il fait dire à ses personnages que ce que nous allons voir est mauvais. Une fois ce postulat posé, tout est possible et le pire est à craindre : une tomate poilue mutante qui parle, une tomate qui prend forme humaine, un serpent qui miaule, un expert en camouflage déguisé en tomate… Rien ne sera épargné au spectateur dans le gag absurde et délirant.

Une critique du monde du cinéma

Mais c’est dans ses gags, qui cachent une vraie critique, et un certain recul aussi que ce film atteint des sommets. Alors que l’homme de main du Dr Gangrène s’apprête à monter dans un camion pour poursuivre un autre personnage, il s’arrête en pleine action pour demander aux passants qui le regardent s’il y a déjà eu une course poursuite. Les passants lui répondent alors « Non, et ça fait déjà trente minutes que le film a débuté ». Igor monte alors vivement dans le camion, démarre et…fonce dans le mur juste devant lui qui l’interrompt dans sa course folle. Les passants soulignent alors :

« _ c’est la course poursuite la plus courte que j’ai vu !

_ Bah oui, mais ils n’ont pas de budget ».

Allons un petit peu plus loin dans le film, lorsqu’une scène est interrompue par le réalisateur lui-même car il n’a plus de budget pour tourner la suite. Après une longue discussion, un des acteurs ( Georges Clooney himself), déclare «  On est dans les années 90 ! Quand on veut boucler un film, on fait du placement de produit ! ». C’est tout un fonctionnement des mécanismes hollywoodiens qui est ici parodié. Celui des scénarios cousu de fil blanc où il y a forcément une course poursuite dans la première partie du film, afin que le public ne s’ennuie pas. Celui des films où le héros s’arrête lors d’un combat dantesque contre des Transformers pour siroter une bière avec le logo en gros plan.

Un divertissement réussi et mésestimé

Le retour des tomates tueuses est une comédie jouissive et franchement réussie. On y rit beaucoup, les dialogues fusent et visent juste, même quand ils se veulent stéréotypés. Georges Clooney a coutume de dire que ce film est mauvais et qu’il ne l’assume pas. Mais à force de dévaluer lui-même tous les films dans lesquels il a tourné, on peut finir par se demander s’il a un jour fait de bons choix au cours de sa carrière. Cette critique est volontairement évasive quant au développement de l’histoire et de ses personnages car c’est aussi ce qui fait le sel de ce genre d’histoire : comment l’absurde et la folie du scénario se ramifie jusque dans ceux qui l’habitent.

Comme souvent au cinéma, tout est une question de positionnement. Si on prend le film au premier degré, on tient là un navet digne de Ed Wood. Mais serait-il devenu aussi culte s’il était si mauvais que cela ? En revanche, si on le regarde tel qu’il est présenté dès les premières images, comme une parodie de mauvais film, il est plutôt réussi dans son genre et remplit très bien son office. Alors saisissez-vous du DVD, commandez une bonne pizza, invitez quelques potes et passez une bonne soirée. Et ne vous avisez plus d’avoir ce ton méprisant avec moi quand je vous parle de cinéma culte !

article rédigé par FV

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s