Science-Fiction, Un film de Alex Garlandhttps://notjustpumpkinbread.files.wordpress.com/2015/01/ex-machina-poster-v02.jpg?w=284&h=399

avec Domhnall Gleeson, Alicia Vikander

1h48

Caleb Smith, jeune programmeur au bas de l’échelle de la plus grande entreprise d’informatique au monde, remporte le premier prix de la loterie interne de sa société : Une semaine en compagnie de son mystérieux patron, Nathan, qui vit en ermite dans un complexe perdu au milieu de nulle part. Il le convie alors à participer à une fascinante expérience en la personne d’Ava. Une expérience qui pourrait bouleverser l’avenir de l’humanité… et le sien.

Les marionnettes et leur marionnettiste.

Les apparences sont trompeuses. Elles l’ont toujours été et elles le seront sans doute toujours. En apparence, Ex Machina pourrait être une énième itération sur le thème de l’Intelligence Artificielle, avec son lot de poncifs sur le robot qui se découvre une sensibilité auprès du jeune héros naïf. Ou pire, un simple prétexte pour apprécier l’avantageuse plastique de son héroïne synthétique. Mais il n’est rien de tout cela dans Ex Machina.

Certes les choix de mise en scène d’Alex Garland suffisent à plonger le spectateur dans des séquences d’un érotisme aussi sage que glaçant tandis que la splendide Alicia Vikander brouille admirablement les pistes.

En face d’Ava, les autres personnages peinent cependant à atteindre la même profondeur humaine que l’androïde. L’inquiétant Nathan tout d’abord, archétype facile du PDG prodige et arrogant pétri d’un alcoolisme tout aussi facile. Le naïf Caleb ensuite, que même son passé tragique ne parvient pas à sauver d’une platitude certaine.

Par chance, Ex Machina possède d’autres atouts que ses personnages stéréotypés, parmi lesquels son atmosphère froide et contenue ainsi que son scénario habile distillé avec brio. Certes, nous sommes relativement loin d’un thriller aussi bien ficelé qu’un rôti de veau, mais dans ce jeu de manipulation où tout le monde joue avec tout le monde, difficile de savoir qui est noir et qui est blanc.

4 Nuances de gris.

Dès les premières minutes, Alex Garland annonce la couleur. Ce sera le gris. Gris comme les murs du bunker dans lequel Caleb se retrouve prisonnier volontaire (On notera par ailleurs la séquence qui amène Caleb au bunker, et à la musique qui accompagne son entrée, terriblement proches d’un certain Jurassic Park. Possible clin d’œil à John Hammond, lui aussi malheureux créateur dépassé par sa création), gris comme le châssis en fibre de carbone d’Ava, gris encore comme les intentions de Nathan à leur égard, gris toujours comme la présence mutique et fantomatique de Kyoko, la domestique des lieux. Tout reste très flou jusque dans la dernière demi-heure, et pourtant, difficile de s’en plaindre car il n’est pas ici question de débattre de l’utilité de l’Intelligence Artificielle ou des projets de son créateur.

Car tout l’enjeu du film ne tourne qu’autour du fameux Test de Turing. À savoir, essayer de s’assurer qu’Ava est bien une intelligence consciente et non un programme feignant la conscience. Et de ce point de vue, difficile de ne pas prêter à Ava des aspects définitivement humains, plus encore à mesure que son créateur révèle ses côtés inhumains. Et au milieu de tout ça, Caleb se débat entre son attirance pour Ava et son inconsciente fidélité au genre humain. Au point de le faire douter de sa propre condition d’humain.

Imparfait, mais malin.

Turing, Asimov et Oppenheimer sont dans un bunker…

Ex Machina est une œuvre singulière. Son entrée en matière rapide et sans fioriture nous plonge directement dans le vif d’un sujet complexe qu’elle rend accessible. Certes, le réalisateur ne s’appesantit que peu sur l’aspect technique, ce qui aide grandement à garder en vue les thèmes principaux de cette fable cruelle, l’intelligence et la survie.

Le cas d’Ava est intéressant, car elle est une des rares intelligences artificielles de notre culture dont les intentions ne soient pas hostiles envers son créateur ou l’humanité en général (à l’instar d’un certain Ultron par exemple). Au contraire, elle s’avère être sûrement la plus humaine de toutes. Car comme le dit si justement l’affiche originale, il n’y a rien de plus humain que d’être prêt à tout pour assurer sa survie. Même les actes les plus bas se justifient alors.

Ex Machina est un jeu de manipulation subtil, qui surfe sur l’actualité scientifique des dernières années (les rachats compulsifs menés par Google sur les entreprises et start-up en rapport avec la robotique et l’IA), ainsi que sur les interrogations philosophiques intrinsèques à la création d’intelligences artificielles, de plus en plus pressantes à mesure que l’échéance se rapproche. En cela, ce film se démarque par une vision moins catastrophiste qu’à l’accoutumée, tout en instillant une petite paranoïa chez le spectateur. Pas au point de dévisager avec méfiance le moindre humain que l’on croise à la sortie de la salle, mais suffisamment pour s’interroger.

Peut-être croiserez-vous un jour une Ava au détour d’une rue ou en descendant du métro. Si j’étais vous, je ne m’en inquiéterai pas… à moins qu’une conversation finisse par s’engager.

article rédigé par GBP

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